Cinquante ans après la découverte de la pilule, la “victoire” des femmes semble totale. Devenues maîtresses du calendrier des naissances, surperformantes dans les études, et disposant en prime d’une espérance de vie supérieure aux hommes, le genre féminin aurait tous les moyens de s’imposer ou à tout le moins d’imposer la parité. Or on est très loin du compte. Le paradoxe concerne en premier lieu les sphères dirigeantes – états-majors d’entreprises, dirigeants politiques et technocrates d’Etat – qui demeurent pour la plupart des “assemblées de talibans”.
Quelques rares femmes émergent à ce niveau certes, il n’empêche, le “plafond de verre” n’a jamais été aussi épais. Un seul exemple : il n’y a à la tête des 500 sociétés cotées sur Euronext que 2 % de femmes PDG en 2011 ! Une aberration qui marque une forme d’archaïsme profondément ancrée dans la société française. Et qui suscitera , à n’en pas douter, l’étonnement – et l’incompréhension -de nos petits-enfants, filles ou garçons, quand ils seront adultes…
nne Lauvergeon, Rachida Dati, Anne Hidalgo, Mercedes Erra et quelques autres…transformées en hommes le temps d’une séance photo ! En se prêtant au jeu de cette mutation à l’invitation de Marie-Claire, quel message ont cherché à envoyer ces “femmes de tête” ? Christine Leiritz, la directrice du magazine, le résume : “Si nous avions eu “trois poils au menton”, nous n’aurions pas dû déployer autant d’énergie pour nous retrouver là où nous en sommes. L’ascension des femmes reste un parcours du combattant.” Une expression élégante qui euphémise une réalité – la persistance de la mainmise masculine sur la plupart des postes de pouvoir, que ces derniers relèvent de la sphère politique, privée, administrative et même associative.
Le “plafond de verre”, expression forgée en 1986 par deux journalistes du Wall Street Journal pour désigner les barrières excluant les femmes des niveaux hiérachiques les plus élevés, est non seulement plus que jamais là mais quelques signes, ténus mais repérables, montrent qu’il tend à s’épaissir. Jusqu’ici symbolique, la présence de femmes dans le corps des préfets de région a été réduite à sa plus simple expression, c’est-à-dire zéro ! “L’image du plafond de verre est particulièrement juste. Il évoque un élément transparent qui ne se voit donc pas mais qui est en même temps un obstacle. Or au-delà des apparences qui posent dans nos sociétés l’évidence de l’égalité entre hommes et femmes, certains dispositifs continuent souterrainement de faire obstacle à ce principe d’équivalence”, analyse Georges Vigarello, directeur de recherche à l’Ehess et coordinateur d’une Histoire de la virilité.
Dispositifs souterrains ? Le terme renvoie à des processus inconscients et non pas à une action concertée de la part d’une bande de mâles dominants visant à barrer l’entrée dans les cercles de pouvoir de l’engeance féminine. Une vision caricaturale qui avait cours dans les milieux féministes des années 1970. Cette page-là est tournée. “Il ne s’agit plus d’un combat des femmes contre les hommes. Le sujet de l’égalité doit être partagé par tous, ne serait-ce que parce que sa réussite passe par l’implication des hommes notamment dans la sphère domestique”, analyse Olga Trostiansky, fondatrice du Laboratoire de l’égalité. “Je ne crois pas à la théorie du complot masculin et je connais des hommes qui souffrent de la suprématie masculine et des clichés que véhicule cette dernière”, explique Laure Adler, journaliste, essayiste et auteur d’un Manifeste féministe (éd. Autrement). Des mains tendues avant le déclenchement de la “guerre des sexes” ?
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Rédigé par Interdit aux Hommes le 20 Avril, 2012 - 00:00








