Pauline Cartoon, de son vrai nom Pauline Cazenave, est
une jeune humoriste française dont vous n’avez sûrement
pas fini d’entendre parler ! Elle se produit en Juin au théâtre
"Le Fil à Plomb de Toulouse" et en Juillet au café-théâtre
des "Beaux-Arts" de Bordeaux. En attendant elle se confie
à « Interdit aux Hommes » et reviens sur son parcours
avec franchise, humour et légèreté.
Retrouvez toutes les dates de ses représentations dans notre rubrique « sorties ».
Que rêviez-vous de faire enfant ?
Petite, je rêvais beaucoup, beaucoup, beaucoup…en classe ! Les nuages n’avaient plus de secrets pour moi ! Mais surtout, je rêvais d’être chanteuse, toiletteuse pour chiens et…Italienne ! Etre Italienne pour moi signifiait être une très belle femme pulpeuse avec de longs cheveux bruns, dotée d’une belle et chaleureuse voix et d’une robe rouge ou bleu à paillettes ! Je ne sais pas où j’étais allée chercher tout cela. Mon rêve ne s’est pas réalisé, je ne suis toujours pas Italienne!
Quel est votre profession ?
Je suis comédienne et humoriste.
Comment en êtes vous arrivée là ?
J’ai fait des études Littéraires. J’ai d’abord commencé en duo avec mon ami Christian Colin. Nous nous appellions « Les amateurs »: le nom était tout trouvé ! Nous jouions à l’occasion des festivals d’humour, ou sur les scènes ouvertes de la région. Notre plus gros coup ? Une sélection pour les "Coups d’Humour" sur TF1 ! On s’est amusé comme des fous en pleine insouciance, avec une volonté féroce de s’éclater !!! Mais Cricri a dû arrêter le duo pour des raisons professionnelles : il est commercial, et moi, mordue par l’humour et son univers. J’ai donc continué toute seule sous le nom de Pauline Cartoon. J’ai alors jonglé entre mes études d’histoire, mes diplômes audiovisuels (montage, cadrage, documentaire). Cela fait finalement très peu de temps que je m’écoute et que je vais vers ce qui me plait depuis toujours : le théâtre et l’humour.
L’idée de vous lancer dans une carrière artistique vous est venue quand ?
Il y a très peu de temps finalement. C’est une sorte de vertige : Les études étaient là pour me rassurer et pour rassurer ma famille. Etre artiste c’est long pour savoir si on a la légitimité, ou du moins si on se l’accorde à soi-même… Il faut être tendre avec soi et s’écouter.
Qu’est ce qui vous passionne le plus dans le métier de comédienne ?
Ce qui me plait, c’est de vivre dans l’abstrait et en même temps d’avoir des préoccupations terriennes. Cela me fait souvent penser aux photographes type Doisneau : le photographe cadre et prend une photo dans la rue, àpart lui, personne n’avait vu ce qu’il y avait de drôle, d’insolite ou de terrible dans cette rue à ce moment là. Il a transcendé le quotidien grâce à son regard. Un comédien doit lui aussi être attentif, observer ce qui se passe autours de lui. Chaque geste, chaque regard, chaque détail doit devenir riche de sens, même si les gens autour ne voient rien. Ce qui me plait, c’est créer des personnages, leur apporter une humanité et rencontrer des gens, les écouter, voir de la poésie dans le quotidien. J’ai toujours besoin d’aller dans la fantaisie. C’est ma façon d’éloigner la tristesse et de transcender le quotidien.
Qu’est ce qui est le plus contraignant ?
Parfois, j’ai la sensation de vivre à contre-courant : mes amis rentrent chez eux se reposer après une journée de boulot, et moi, je pars jouer sur scène. Au début, nous bataillions pour expliquer à nos proches les coulisses, le revers de la médaille. Car Oui, c’est un métier de rêve, mais que de travail, de remises en questions, de nuits agitées ! Dans des émissions comme "La Star AC’" ou "Nouvelle Star", c’est cela qu’ils devraient montrer !
Ils devraient les préparer aux statuts d’intermittents : faire le Père-Noel en décembre pour avoir ses cachets, attendre son tour aux assedics, aller tenir un stand dégustation tapas dans un supermarché entre le rayon Boucherie et le Fromage, ou chanter un vieux tube dans une boite de nuit quand les gens veulent danser… Ce sont les aléas du métier !
Quelles difficultés avez-vous rencontré ?
La première fois que j’ai dit à ma grand-mère que je faisais du Clown, elle était catastrophée.
Pour elle, le clown est un personnage moche, mal habillé, grimaçant et qui crie tout le temps !
L’univers de l’humour est particulier : En y entrant, vous vous dites que vous allez vous amuser sans cesse : Erreur ! C’est Dallas! J’exagère un peu..
Que pensent vos proches de vos activités ?
Ils m’encouragent de plus en plus, pour mon plus grand plaisir. J’ai de la chance car mon père et ma sœur sont adorables, mes amis aussi, certains peuvent faire des kilomètres pour venir me voir !
Quelle a été votre plus grande joie ? Votre plus grande déception ?
Quand j’ai été sélectionnée par Eliane Zayan pour participer à Festi-Femmes Marseille et faire la première partie d’Anne Roumanoff. C’était un rêve qui se réalisait.
Pour moi, "Festi-Femmes Marseille", c’était un symbole !
Ma plus grande déception ? C’est à chaque fois que je croise des personnes faisant le même métier que moi mais avec une mauvaise mentalité… En général, je zappe très vite !
Depuis quand vous faites des spectacles en solo ?
Cela fait cinq ans que je travaille en solo.
Vous êtes aussi auteure, comment vous est venue cette envie ?
J’ai toujours aimé écrire et donner mon avis !
D’où vous vient l’inspiration ?
L’inspiration se nourrit : lectures, cinémas, musique, rencontres, musées, observations, vécus… Vous devez être connecté et enraciné 24/24h: les pieds dans le sol, la tête dans les étoiles… Beaucoup de gens vont voir des spectacles d’humoristes pour, à leur tour, écrire leur spectacle. C’est dommage, mieux vaut partir de soi. C’est facile à dire, moins facile à faire car cela demande un travail très long, mais cela vaut la peine d’essayer.
Quand écrivez-vous ?
J’ai un petit carnet sur moi car cela peut venir n’importe quand et n’importe où.
A quoi ressemblent vos journées ?
Je me lève à 6 heures du matin cinq fois par semaine. Chaque jour, j’ai un planning, préparé la veille et je m’y tiens. Je m’organise une revue de presse personnelle pour être au courant de ce qui se passe et je développe des projets en parallèle.
J’ai tendance à faire beaucoup de choses à la fois alors je lutte contre ma peur du temps qui passe.
Comment définiriez-vous votre nouveau spectacle ?
Il est drôle, poétique : c’est un regard sur notre société. J’ai absolument voulu mélanger les genres et inviter l’émotion à travers le rire. C’est mon petit "Bazar Organisé" ! Je me dévoile davantage, parle plus de ma vie d’adulte, de mes rencontres…
Qu’est ce qui est le plus difficile : Jouer ses propres créations ou celles des autres ?
Quand vous créez, le plus difficile est de savoir quel est le message que vous voulez faire passer aux gens, quels sont les signes que l’on doit utiliser. Ensuite, quand votre personnage est façonné, c’est un régal ! Vous avez crée ce personnage à vos mesures : vous vous promenez avec, et cela apporte de la souplesse à votre jeu. Quand j’interprète un rôle dans une pièce, il y a dans un premier temps le vertige du texte, une envie de comprendre le sous-texte et de ne pas trahir ni l’auteur ni le personnage. Mais la sensation de trouver la façon d’interpréter ce personnage, c’est jouissif.
Quel rapport entretenez-vous avec votre public ?
Souvent, il y a de la magie, une osmose qui vient et vous transporte. Vous êtes en phase avec les personnes en face de vous. Dés que je sors de scène, je suis d’une timidité inimaginable, elle reprend le dessus. Je ne peux pas aller taper sur l’épaule des gens et leur parler de ce que je viens de faire : je trouve cela impudique. Mais, si les gens viennent vers moi pour me parler gentiment, alors j’en suis ravie.
Quelles sont les commentaires qui vous ont le plus encouragée ?
J’ai un petit panel personnel de phrases, de sourires, d’encouragements sincères que je garde toujours en tête. Dans les moments de doute, tous ces gens me reviennent en mémoire comme des petites fées. C’est sûrement eux qui m’aident à tenir et à avancer : je ne peux pas les décevoir car ils croient en moi.
Ceux qui vous ont le plus blessé ?
Heureusement, j’y suis de moins en moins sensible ! Mais alors, au début, cela fait mal !
Un bon conseil : regardez ce que font les gens qui vous attaquent : pas grand-chose en général…
En tant que femme, avez-vous rencontré des obstacles particuliers ?
Pendant longtemps, les femmes étaient peu nombreuses dans ce métier, mais à présent, il y a beaucoup de femmes qui se lancent dans cette aventure. Des portes se sont ouvertes, les mentalités ont changé. Etre une femme, c’est pour l’instant, à mon avis, un avantage car nous sommes moins nombreuses. Après, cela reste difficile. J’ai entendu des propos machos sur les femmes humoristes mais vous ne pouvez même pas imaginer !!! Personnellement, j’interprète des rôles masculins dans mon spectacle : le public sait que je suis une femme en train d’interpréter le rôle d’un homme et cela ne pose pas de soucis. Mais combien de fois des hommes "du métier" sont venus me voir en me disant que j’étais une femme et que je n’avais pas à faire un mec !!! Ce sont les mêmes qui, pour interpréter le rôle d’une femme, vont mettre une perruque blonde, un peu de rouge à lêvres , des talons… Et là, bizarrement, cela passe et on ne leur dit rien… Je vous conseille un très bon livre sur ce sujet : « L’Humour du Sexe, Le rire des Filles », de Lucie Joubert. Faire rire quand on est une femme : c’est tout un programme !
Quelle est la femme célèbre que vous admirez ?
Oulala ! Il y en a beaucoup ! Bon je vais essayer de raccourcir la liste : Jane Campion, Aretha Franklin, Barbra Streysand, Zouc, Agnes Varda, Veronique Sanson, Valerie Lemercier, Josiane Balasko, Bjork, mais il y'en a tant d'autres...
Quelle serait votre première mesure si vous étiez présidente ?
L’Intégral de Raymond Devos, Woody Allen et Jean-Michel Ribes au programme pour le Bac avec une option humour coefficient 18 ! Un rayon humour magnifique dans toutes les bibliothèques : y’en a marre des livres de blagues et des revues de G. Carlier ! Imaginez : si l’on faisait un vrai rayon pour l’humour avec littérature, musique, cinéma , sciences humaines…Ce serait démentiel !
Quelle est votre devise ?
Tout est possible !
Quel est le conseil que vous donneriez aux lectrices ?
Vivez vos rêves. Luttez contre les noirceurs du quotidien en allant vers la fantaisie, la créativité. Soyez positives, lumineuses. Evitez les gens négatifs. Sachez prendre votre temps. On a qu’une vie alors autant la vivre comme on le souhaite...
Retrouvez toutes les dates des représentations
de Pauline Cartoon dans notre rubrique « sorties ».