« Besoin d’air » ? Le Medef ne manque pas d’air (...ni de parachutes en or).
A l’heure des bilans (en dépôt ou en cours de prévisions) ne conviendrait-il pas de quitter la statistique pour entrer dans la politique ? C’est un peu ce que propose Laurence Parisot, dans un livre blanc, s’annonçant tout de même comme une invitation dans une campagne présidentielle, ayant elle aussi, « besoin d’air ».
Laurence Parisot, si elle se défend de toute prise de position, fait savoir qu’avec le Medef « Nous ne nous engagerons pas derrière un candidat ou une candidate, nous nous engageons dans le débat ». Elle ajoute : «si je prends trois des principaux candidats, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et François Bayrou, je suis heureuse d'entendre que tous parlent de la nécessité de réconcilier les Français avec l'entreprise et de revaloriser le travail. »
Au travers de cet « exercice », les principales revendications du Medef concernent :
- l'abrogation des 35 heures et leur remplacement par le plafond de la norme européenne ;
- la réforme du dialogue social et de la fiscalité, en prônant par exemple, la baisse des cotisations salariales, patronales et des taxes professionnelles ;
- dans la foulée, la patronne du MEDEF aborde l’idée de l'abrogation de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ou encore le thème de l'écologie...bien, on (va) respire(r) !
Mais il convient de nuancer un peu le (dis)cours magistral de Laurence Parisot. Le Medef dit s'exprimer au nom de 750.000 entreprises, mais il faut savoir que 35% de ses adhérents ont moins de 10 salariés, et 70% ont moins de 50 salariés. Or, le discours tenu par cette organisation est celui des sociétés multinationales, entraînant donc une sur-représentation des grosses entreprises, en comparaison avec la population des entreprises françaises.
Ceci explique-t-il que certains sujets, restés « sous pression », fassent défaut à ce bol d’air ?
A noter :
- l’absence d'évaluation et de contrôle de l'efficacité des aides publiques -à hauteur de 65 milliards d'euros- reçues chaque année par les entreprises ;
- l’omission des difficultés des (petites) entreprises qu'elle ne veut pas voir, comme celles de ses sous-traitants victimes des diktats permanents de la grande distribution. Ces sociétés de plusieurs dizaines de milliers de personnes exploitent un vivier de sociétés sous-traitantes et leur imposent des conditions extrêmement dures, tout en ayant le double avantage d’externaliser les risques et les ennuis, au passage. La plupart des grandes entreprises transnationales fonctionnent sur le modèle de « l'outsourcing » ou sous-traitance. Le sort des salariés et des 'petits patrons' n'est finalement pas si éloignés que ça...
- Et, quid des entreprises qui ne peuvent se développer parce qu'elles n'ont pas accès au crédit ? Les taux d'intérêt des banques sont prohibitifs quand il s'agit d'investir et de développer l'outil de travail et faibles lorsqu’il s'agit de faire le choix de la finance et de la spéculation.
- Autre point sous silence: la Recherche (partie souvent s’oxygéner ailleurs…).
En plein débat médiatique, trois semaines après la publication de recommandations sur les rémunérations patronales et une semaine après la parution de l’ouvrage, la présidente du Medef a bien été obligée, la semaine passée, de commenter son embarras au sujet des indemnités perçues par l’ex PDG du Printemps.
Une coïncidence de calendriers dont Laurence Parisot se serait volontiers passée…Besoin d’air au Medef ?
Allez, février est proche, sonnant trébuchant le grand raout du ski. On verra alors si la France avance tout schuss ou reste plantée sur place !