Martine Betrand, 31 ans, diplômée d’un mastère de physique théorie nucléaire, est aujourd’hui … productrice plurimedia et à la tête de la société MINEdART.
Profession difficile, surtout quand on est jeune et de surcroit quand on est femme.
Décryptage !
Quel métier rêviez vous de faire enfant ?
J’ai rêvé de devenir trapéziste après avoir vu un magnifique film sur l’univers du cirque (« le plus grand cirque du monde » peut-être, je me souviens surtout d’une scène qui m’a marquée où l’héroïne tente un numéro dangereux au bout d’une corde, sans filet, pour impressionner son amant, alors que la corde était en train de se rompre) puis j’ai voulu être pilote d’avion jusqu’au jour où j’ai discuté avec des pilotes de ligne dans le cockpit, et qu’ils m’ont avoué qu’ils s’ennuyaient puisque les vols étaient très longs (~12h) et que la plupart des manœuvres étaient automatisées. Puis en grandissant je n’avais pas d’idée précise, je savais seulement que j’aurais un rôle public…
Quelles études avez vous faites ?
J’ai fait des études scientifiques : prépa math sup, math spé (3/2 et 5/2 !) au lycée Lakanal, à Sceaux ; puis un magistère de physique fondamentale (3ans, la formation d’ENS Cachan) à Orsay, dont deux années d’échange à McGill où j’ai également fait de la recherche (sur la production de photons dans les collisions d’ions lourds ultra relativistes qui visaient à créer un plasma de quarks et de gluons, état de l’univers une micro seconde après le big bang) et obtenu un « Master of Science » en Physique. J’ai complété ma formation initiale scientifique par une formation managériale/commerciale en faisant un MBA (DESS CAAE) à l’IAE de Paris, en formation continue, alors que j’étais ingénieur de développement chez Unilog.
Quel fut votre premier job ?
Ingénieur de Développement à Unilog.
Votre parcours ensuite ?
Ensuite j’ai travaillé comme Directrice de la Communication pour Patrick BELIN qui avait créé sa start-up « SERIALWORKERS ».
L'idée de Mine d'Art vous est venue quand ?
Alors que j’étais en vacances en Espagne, au printemps 2003 et que je rêvais à l’arrière d’une voiture pendant que le conducteur et son co-pilote s’occupaient du trajet, m’est venue subitement l’idée de mon long-métrage « l’école des mozarts assassinés ». Ce fut un peu comme une révélation, un moment d’excitation et de limpidité, une évidence qui me disait : « il faut que tu fasses ce film ! » Je ne me souviens plus comment ça m’est venu à l’esprit, je me rappelle essentiellement de sa fulgurance. Puis j’ai écrit un mémoire de fin d’année (pour mon MBA) intitulé « devenir producteur délégué ou la création d’une société de production cinématographique » et j’ai choisi le nom de ma société en faisant un anagramme de Martine (sans le d): MINEd’ART. J’ai d’ailleurs d’autres projets de sociétés, dont ARTIMEN, un autre anagramme de Martine dont j’ai déposé la marque. (et non non, je ne suis pas du tout narcissique ;-))
Pourquoi vous êtes vous lancée dans cette aventure ?
Parce qu’il me semble que cela fait partie de mes « missions », de ce que j’appelle le « destin ». Et le destin n’est pas pour moi quelque chose de fixé, de définitif, de tout tracé, c’est à mon sens la mission originelle qu’on s’est donnée en venant au monde. En général, je crois que cela demande du courage et des sacrifices (celui de la facilité essentiellement), et qu’on peut passer à côté de son destin si l’on ne s’en donne pas les moyens. Je vous avoue que jusqu’à présent le chemin a été particulièrement difficile et semé d’embûches ; que j’ai dû traverser quelques moments pénibles de découragement où j’ai eu envie de tout plaquer pour vivre une vie paisible sur un chemin moins escarpé…Cela fait quelques temps que j’ai l’impression d’escalader le Mont Blanc, les yeux rivés vers le sommet, ignorant le précipice, sans m’octroyer de véritable pause (pour tout vous dire, ma vie sociale est intimement liée à ma vie professionnelle). Mais je ne m’en plains pas, c’est mon choix et je l’assume pleinement ; j’ai l’esprit d’aventure et c’en est une merveilleuse !
Je suis convaincue que tout ce qui ne tue pas rend plus fort. Donc d’une certaine manière, toutes les difficultés que j’ai dû surmonter m’ont appris énormément, sur moi-même, sur les autres, sur la société. En fait, je crois qu’elles peuvent être une chance si l’on sait s’en servir. Je crois que la chance est avant tout un point de vue. Certes j’ai perdu une grande part de ma naïveté sur le monde que j’essaie de compenser par une compréhension accrue. Car être lucide sans comprendre fait souffrir, tandis qu’être lucide en comprenant fait grandir…J’essaye donc de grandir !
Quels sont les obstacles que vous avez eu à franchir avant de lancer ce projet ?
La peur de l’inconnu, les réticences de mes proches qui me voyaient abandonner la sécurité et le confort pour un rêve !
Quels ont été les avantages/inconvénients d'être une femme ?
A vrai dire, je ne vois pas beaucoup d’avantages à présent, peut-être que je ne suis pas très objective, parce que je n’ai pas été de l’autre côté, dans la peau d’un homme. Mais cela m’a généré surtout des inconvénients, parce que quasiment systématiquement, j’avais une « déclaration d’amour » (au mieux) à la clé et que quand bien même, j’avais souvent beaucoup de respect et d’affection pour ces hommes, il n’était pas question pour moi de me prêter à ce type de chantage.
Avez-vous vu le film « Dog Ville » ? Il exprime très bien ce que j’ai ressenti à de maintes occasions…Je suis une grande fan de Lars Von Trier, j’ai adoré « l’intelligence spirituelle » de « Dancer in the dark » superbement interprété par Björk et la justesse de « Dog Ville » superbement interprété par Nicole Kidman…
Et en ce qui concerne mes relations femme/femme, vous devez savoir que les femmes peuvent être terribles entre elles et je n’ai pas vraiment eu de cadeaux de la part de ces dernières. Heureusement, il y a de nombreuses femmes exceptionnelles (dont vous faites assurément partie !) qui équilibrent le tout ! En tous cas, en ce qui me concerne, je ferai mon possible pour aider les femmes à accéder à des postes de pouvoir car actuellement la situation est loin d’être équitable, même si les mentalités ont bien évolué (on peut enfin imaginer une femme en Présidente de la République !)
De quelles aides avez vous bénéficié ?
Aucune.
Quelles ont été les réactions de vos proches et celles de votre milieu professionnel ?
Très perplexes…
Le premier événement organisé par Mine d'Art, vous vous en souvenez ? Qu'avez vous ressenti ?
Oui, ce n’est pas très vieux, il s’agit de mon 1er Apéro MINEdART au QIN Elysées, en mai 2007. J’étais extrêmement stressée parce que cela a été très compliqué à organiser pour différentes raisons que je n’évoquerai pas ici, que ça m’a demandé énormément de travail (j’ai tout construit de zéro), de nombreuses nuits blanches passées devant mon ordinateur et en arrivant le soir même à 18h, le gérant (que je ne connaissais pas car j’avais traité et signé un contrat avec les associés propriétaires du lieu) m’annonce qu’il n’est pas au courant de ma soirée qui devait commencer une heure après !!! Ils avaient également prévu un dîner pour L’Oréal et le dj que j’avais convié spécialement pour la soirée n’a donc même pas pu faire sa programmation musicale librement ! Hormis l’énorme stress qui en a découlé, ils se sont acquittés comme prévu du buffet chaud (très bon) et de l’open bar. Sacrée leçon !
Quels ont été les commentaires qui vous ont le plus encouragée ?
Les commentaires qui m’ont le plus encouragés sont tous les remerciements que m’ont faits certains participants en partant, visiblement ravis de leur soirée! Egalement les belles rencontres que j’ai permises, mais qui m’ont été contées par la suite. De toutes façons, sur le moment j’étais tellement stressée et épuisée qu’il m’était difficile d’apprécier pleinement les remerciements qui m’étaient adressés. Puis tous les petits messages encourageants de mes amis par sms ou par email…
Ceux qui vous ont le plus blessée ?
En voici un particulièrement éloquent :
« bonne petite opération financière votre business dites moi, on profite de la morosité ambiante des pros du milieu artistique, intermittents et autres en passe de devenir "intermitteux" pour se faire de la tune!!! en promettant des rencontres avec des pseudo décideurs de mes deux....
ok votre opération, mais gratos alors, çà permettra à tous les gens qui sont vraimant créateurs (et donc comme souvent sans le sous) de rencontrer si toutefois il y en a des gens suceptibles de les aider. VOILA!!!
à bon entendeur salut
signé par le nouveau comité citoyen contre les profits malfaisants »
Et croyez moi, il y en a eu d’autres…
C’est typiquement français d’être rempli ainsi d’idéaux sans se mouiller, sans se retrousser les manches et s’y essayer ! Car soyez certain(e)s que s’il avait le moins du monde essayé, il n’aurait jamais tenu ce type de discours à quelqu’un qui justement se bat concrètement pour faire avancer les choses ! Et cela m’agace terriblement de voir des gens à ce point « à côté de la plaque », dont le discours n’est pas du tout en phase avec la réalité ! Au lieu de saluer et d’encourager une entreprise généreuse (de mon point de vue il s’agit d’un acte de générosité, comme tout travail effectué avec amour), on la condamne d’avance, on lui jette des pierres, l’entrepreneur étant appréhendé comme un être vénal uniquement soucieux de son profit personnel ! Quelle croyance erronée, quelle illusion perfide que vous me donnez généreusement l’opportunité de combattre ! D’ailleurs, mon combat n’est pas un combat d’hommes, mais un combat d’idées, de croyances. D’où le cinéma, d’où la musique. Car ce sont les croyances qui déterminent les comportements des hommes. Et il faut combattre le « mal » à sa source.
Qu'est ce qui vous passionne le plus dans cette initiative ?
L’immensité et la beauté de la tâche. Comme de vouloir construire une cathédrale…
Qu'est ce qui est le plus contraignant ? Comment le gérez vous ?
Le manque de moyens financiers. Je le gère en travaillant comme dix personnes…
Quels sont vos objectifs pour 2008 ?
Sortir un album musical, débuter la production de mon long métrage « l’école des mozarts assassinés », sortir un livre
Mine d'Art vous a-t-il ouvert de nouveaux horizons ou changé votre façon de travailler ?
MINE d’ART a assurément changé ma façon de travailler, je travaille près de 100h/semaine (on est très loin des 35h! ceci dit cela inclut les apéros, soirées, vernissages et autres réjouissances ayant trait à mon milieu professionnel), je suis obligée d’être polyvalente, d’être créative, d’être ouverte aux rencontres, aux idées nouvelles, aux outils de com innovants, à l’évolution des médias, d’être plus psychologue, bref, d’avoir « les antennes dressées » en permanence, c’est un défi constant !
A quoi ressemblent vos journées ?
Une grande part de travail bureautique où je suis derrière mon ordinateur, où je communique, je crée, je conçois, je formalise, je développe, je communique... Des coups de fils, des rdvs, des rencontres…
Comment parvenez vous à concilier vie pro et vie de famille ?
Je n’ai pas de vie de famille actuellement : célibataire et sans enfant, donc c’est plus simple à gérer. Ceci dit, il y a un moment pour tout et j’envisage de construire un jour une vie de famille épanouie !
Quelle est la femme célèbre (ou pas) que vous admirez ?
S’il me fallait n’en citer qu’une, ce serait aucune, car chacune a ses qualités et ses défauts et je n’en vois aucune qui soit parfaite.
Sinon :
Ce serait Madonna pour son opiniâtreté, sa force de volonté, son avant-gardisme, sa liberté ;
Ce serait Mère Thérésa pour sa grandeur d’âme, son dévouement aux autres et sa spiritualité ;
Ce serait Ségolène Royal pour son courage face à l’adversité et ses qualités de politicienne ;
Ce serait Isabelle Adjani pour sa beauté, sa sensibilité et sa force d’interprétation ;
Et plus généralement toute femme qui cherche à se dépasser, à vivre hors de ses limites…
Celle qui vous tape sur les nerfs ?
Paris Hilton (bien qu’elle ait un beau prénom ;-) Dire qu’elle me tape sur les nerfs est sans doute un peu fort, disons que je la trouve navrante. Mais le sont peut-être encore davantage ceux qui l’adulent J
Quelle serait votre première mesure si vous étiez présidente ?
Comme je vous l’ai dit plus haut, mon combat est avant tout un combat d’idées, de croyances, parce qu’elles sont à l’origine de tous les comportements. Je crois comme Socrate que « nul n’est méchant volontairement », la méchanceté étant due à l’ignorance, à des croyances erronées : donc je m’attaquerais à tout ce qui génère ces croyances néfastes :
- en réformant l’éducation : j’y augmenterais la place de la philosophie « apprendre à réfléchir », de l’éthique (pour défendre des valeurs), de l’art qui permet d’exprimer ses émotions et de communiquer par le cœur, du sport qui invite à se dépasser ; j’y accorderais une place à la méditation qui apprend le silence ;
- en développant les opportunités de dialogue dans la société afin que chacun comprenne davantage le point de vue de l’autre et ainsi favoriser l’élimination des blocages ; j’améliorerais également la qualité des informations, je valoriserais la transparence ; de même que l’on finance des campagnes publicitaires pour prévenir certaines maladies, je financerais des campagnes contre les mentalités néfastes que j’ai identifiées : il me semble qu’un excellent court métrage de 30s bien pensé peut avoir beaucoup plus d’impact qu’un long discours : c’est la puissance de l’audiovisuel lorsqu’elle est bien utilisée.
Car une fois qu’on a fait comprendre la nécessité d’une action à un groupe, la mettre en œuvre n’est plus un problème, elle coule de source. Le plus difficile, c’est de mettre tout le monde d’accord en convaincant de la justesse d’une démarche.
Quelle est votre devise ?
Le bonheur c’est de savoir ce que l’on veut et le vouloir passionnément. [F. Marceau]
Appartenez vous à des réseaux/associations, féminines ou pas ?
En fait il s’agit surtout des réseaux que j’ai créés : celui des Apéros MINEdART et prochainement de mon « Club d’Intelligence Relationnelle » à l’IAE de Paris. De nombreux autres réseaux/associations m’intéresseraient, mais malheureusement je ne peux pas tout faire. Toutefois je vais régulièrement à des conférences ou évènements organisés par différents Clubs et réseaux : oui, je réseaute pas mal (la liste est trop longue pour que je vous les énumère tous) !
Quels bénéfices en retirez vous ?
De belles rencontres parfois or la vie est faite de rencontres, non ?
Quels conseils avez vous à donner aux lectrices d'Interdit aux Hommes ?
De ne jamais se résigner qu’au bonheur. Et ce n’est pas facile ! (pour paraphraser Albert Camus)
car cela implique de trouver la vraie liberté…(cette fois-ci c’est de moi ;-))