Marie-Pierre Demon, 38 ans, mariée et maman de deux enfants (7 et 9 ans) est à la tête du Carrefour des Entrepreneurs, une entreprise de conseil à la création d’entreprise sur le Morbihan.
Egalement cofondatrice du Club Univers 9, un club de femmes entrepreneuses, elle participe à l’organisation du salon Festiv’Elles, dont la prochaine édition aura lieu du 18 au 24 février, à Caudan (56).
Quel métier rêviez vous de faire enfant ?
J’allais souvent jouer à la menuiserie de mon grand-père. Je voulais être menuisière. Un jour quelqu’un m’a ri au nez :
- Mais ce n’est pas un métier pour les filles !
- Ah ?
Qu'est ce qui, dans vos études, vous a donné les clés pour réussir ?
Mon gout d’apprendre, ma volonté de m’en sortir.
Fille d’ouvrier, j’ai eu la chance de réussir mes études. Dernière de 5 enfants, j’ai perdu mon père adolescente, mes frères et sœurs étaient mariés, j’ai de suite pris en main ma vie.
Quelle a été la rencontre déterminante dans votre parcours professionnel ?
Il y en a plusieurs, mais je pourrais citer mon mari, qui m’a encouragée à prendre des postes à responsabilités, le livre puis la rencontre de Vincent Leenhardt, père fondateur du coaching, qui m’a éclairé sur « mon enveloppe managériale », Sylvie Lebrize, qui m’a permise de mettre en lumière les différents côtés de ma personnalité, y compris le côté artiste.
Quelle est l'entreprise ou vous avez adoré travailler ?
J’ai travaillé dans 5 ou 6 structures ou entreprises.
J’ai toujours mis en place des projets et des améliorations, même sans avoir de responsabilités, car j’ai toujours eu le goût d’entreprendre. Si je suis partie de l’une ou de l’autre, c’était pour entreprendre davantage, j’ai des bons souvenirs de tous les endroits où je suis passée.
L'idée de créer une entreprise vous est venue quand ?
Je suis arrivée en Bretagne il y a 2 ans ½. Après un bilan de compétences j’ai eu envie de m’installer à mon compte comme consultante, pour pouvoir gérer mon temps de façon plus autonome. J’ai effectué quelques missions en portage, mais je me suis vite rendue compte que j’aurais un problème du côté du marché.
Quels sont les obstacles que vous avez eu à franchir avant de vous lancer sur ce projet ?
Il y a peu de lisibilité des acteurs de la création d’entreprise sur le territoire. Je m’étais occupée de création d’entreprise mais sur un territoire rural, puis pour des agriculteurs. Les choses étaient différentes ou avaient évolué, en pire au niveau des démarches. De plus, je n’avais pas de réseau et ne connaissais pas les entreprises du coin. Les appels d’offre sont plutôt réservés aux gros cabinets et le marché déjà très couvert.
Vous êtes aujourd’hui à la tête du Carrefour des Entrepreneurs. Comment en êtes vous arrivée là ?
Je voulais créer mon entreprise. Consultante n’étant pas la bonne porte, et ayant en parallèle révélé mes talents d’écrivain, j’ai crée mon activité d’auteurE poète. J’ai créé une association de poésie en étant présidente, puis de fil en aiguille, avec beaucoup de démarchage j’ai réussi ce que je voulais, à savoir être publiée. J’ai pensé alors m’installer auteurE et éditrice, et dans mon 2eme parcours de création, j’ai été voir Carrefour des entrepreneurs qui est une structure qui accompagne la création. Et j’y suis restée….
Carrefour des entrepreneurs est gérée comme une entreprise et j’occupe la fonction de direction avec la délégation complète de pouvoir, mais elle a un statut d’association. De ce faite je fonctionne comme un dirigeant d’entreprise qui aurait des comptes à rendre à des actionnaires, moi c’est à mon conseil d’orientation.
A part l’investissement financier que je n’ai pas fait, la gestion s’apparente complètement à une reprise d’entreprise, avec les difficultés de reprendre une équipe en place depuis plus de 10 ans, une nécessité de créer de nouveaux services, une redéfinition de la stratégie et un changement de la politique de communication.
Le marché de la création est de plus en plus serré et il faut se battre pour décrocher des appels d’offre, des clients, et développer la structure en créant de nouveaux produits, sans quoi elle se fera dépasser. Ayant moi-même effectué le parcours complet de la création, j’ai pu voir tout ce qui était positif et négatif, et il y a vraiment beaucoup de choses à changer.
Le Carrefour des Entrepreneurs en 3 chiffres ?
800 porteurs de projets accompagnés,
250 entreprises créés (TPE)
500 000 € de chiffre d’affaire.
Quels sont vos objectifs pour 2008 ?
Accroître notre offre de services amont et aval.
Qu'est ce qui est le plus contraignant dans votre activité ?
- Je me heurte à la rigidité des administrations.
- Nous avons de plus en plus d’appels d’offre, les cahiers des charges sont lourds et les prix de plus en plus bas, et la concurrence de plus en plus grande.
- Il y a obligation d’orienter la structure différemment, mais il faut de plus gérer la résistance (naturelle) des collaborateurs au changement.
- Je manque de temps pour innover, beaucoup d’administratif à gérer.
Comment le gérez vous ?
J’ai la liberté d’entreprendre de beaux projets, la liberté de gérer mon temps, mais que j’étale parfois sur le week end. Pour la rigidité des administrations, je propose, chaque fois que possible, des simplifications, même si mes interlocuteurs n’ont pas le pouvoir du changement (semer des petites graines). Pour mes collaborateurs, je leur explique toutes mes décisions, et j’ai organisé un séminaire de communication interne. Face à la concurrence, depuis à peine plus d’un an que je suis dans l’entreprise j’ai déjà mis en place 2 nouveaux projets structurants et j’ai déjà l’idée d’autres.
Pour pallier mon besoin quotidien de création, j’écris, en général le soir ou le week end. Je fais très attention à mon activité d’auteure : il ne s’agit pas d’un loisir, je ne veux pas y perdre d’argent. Dans un avenir à moyen terme je compte vivre partiellement de cette activité.
Pourquoi avoir voulu lancer le Club Univers 9 ?
Avant, je croyais que je préférais travailler avec des hommes, que les femmes étaient « gnan gnan », ne s’occupant que de leurs enfants ou de leurs fringues. Puis j’ai rencontré des femmes créatrices et entrepreneuses comme moi. Parmi elles figurait Sylvie Lebrize. Nous étions une douzaine, le courant passait et Sylvie nous a proposé de fonder un club. J’ai tout de suite accepté, car c’étaient des femmes « locomotives » comme moi. Je me suis proposée pour être trésorière du club et, à quelques unes, l’affaire fut lancée.
J’ai aussi entrepris ce projet parce que j’ai compris que nous pouvions faire de grandes choses pour faire avancer la cause des femmes. Lors de mon premier emploi de direction, on m’avait traitée de mère indigne parce que j’avais laissé mon mari s’occuper seul des mes enfants pendant trois mois. D’autres ensuite m’ont fait comprendre que quand on travaille, on doit être disponible et laisser ses soucis d’enfants de côté.
Non, nous les femmes nous conjuguons nos rôles et nous ne les cloisonnons pas. A Univers 9, on agit de toute façon.
De plus, je ne peux pas dissocier mon côté manageuse et planificatrice de mon côté créative et poète. Les deux interagissent. Ce n’est pas compris par les hommes en général. A Univers 9, si. Et j’encourage maintenant toutes les femmes à être « elles, entièrement. Nous n’avons pas à calquer nos comportements d’entrepreneuses sur celui des hommes, ni à forcer les hommes à prendre le nôtre : c’est une histoire de complémentarité.
Qu’est ce qui vous passionne le plus dans cette initiative ?
De jouer à entreprendre des projets comme Festiv’ Elles…De faire de belles rencontres. De voir à quel point amour et bienveillance permettent la réussite des affaires.
Quels sont les témoignages de femmes (ou d’hommes !) qui vous ont le plus encouragée ?
Des femmes et des hommes qui osent vivre leur vie, que ce soit en créant une entreprise, un projet, ou en faisant le tour du monde.
A quoi ressemblent vos journées ?
Il n’y a pas une minute qui ne soit optimisée, mais c’est devenu tellement habituel. Mon temps de repos correspond à ce que d’autres appellent leur travail : pour moi c’est l’écriture et la lecture.
Combien d'heures par semaine travaillez-vous ?
Environ 40 à 45 heures pour Carrefour des entrepreneurs et 6 à 8 d’heures pour mon travail d’écriture.
Comment parvenez vous à concilier vie pro, vie associative et vie de famille ?
Comme je peux gérer mon temps, je peux terminer un dossier pour Carrefour des entrepreneurs le week end, ou au contraire finir à 16 h un jour parce que je dois emmener un enfant chez le médecin. J’écris le soir quand les enfants sont couchés et que mon mari travaille à l’ordinateur ou regarde le sport à la télévision. Je prends le temps (et j’aime) regarder un bon film de temps à autre. Je ne prends qu’à peine 30 mn de pause le midi (sauf repas pro) , ça me suffit, ce qui me fait des journées de 9 h à 9 h 30 de travail sur lesquelles je peux greffer 20 mn de temps associatif si il faut.
Le samedi matin, les enfants à l’école, c’est le ménage et les courses. L’après-midi ils vont au sport avec leur père, c’est mon temps d’écriture. Le dimanche, c’est la famille.
Les réunions Univers 9 ont lieu le soir, et pour Festiv’Elles j’intègre ce temps dans mon temps de travail puisque ma structure est partenaire. Le point commun de toutes mes activités (Univers 9, Carrefour des entrepreneurs et écrivaine, c’est l’entrepreneuriat et la création, je me nourris de ça.
Comment vos proches perçoivent ils votre emploi du temps d'entrepreneuse engagée ?
Ils se demandent comment je fais pour faire tout ça, mais ils connaissent aussi mon énergie. Je ne sais pas rester inactive. Mon mari a un travail très prenant lui aussi. Mes enfants vivent cela très bien, car même si je fais plus de choses qu’avant, comme j’aime ce que je fais je suis paradoxalement plus disponible qu’avant, et ils sont fiers d’avoir une mère heureuse, épanouie et qui réussi. Je prends toujours quelques jours de vacances pendant leurs vacances scolaires pour faire des activités avec eux. Les repas sont souvent pris en famille. J’ai une mère et une belle-mère qui viennent en soutien de temps en temps.
Quelle est la femme célèbre (ou pas) que vous admirez ?
Je n’ai pas envie d’en citer une en particulier. J’admire les femmes qui osent.
Celle qui vous tape sur les nerfs ?
Je connais une femme dirigeante qui traite ses collaborateurs et ses partenaires « comme de la m… ».
Quelle serait votre première mesure si vous étiez présidente ?
Faciliter les démarches administratives pour créer son entreprise. De manière plus globale, alléger les procédures administratives qui nous assaillent de partout. J’ai collaboré de très près avec des administrations, je parle aussi d’intérieur, je sais que des actions sont possibles.
Quelle est votre devise ?
Quand on veut, on peut. Il faut arrêter de rejeter toujours la faute sur les autres ou « le cran au dessus ». Chacun est en mesure d’agir, pour le bien de soi et des autres. Je suis, mais comme toutes les femmes d’Univers 9, créatrice de ma vie.
Appartenez vous à d'autres réseaux/associations, féminins ou pas ?
Oui, j’appartiens au CJD (Centre des jeunes dirigeants d’entreprise). C’est très masculin dans tous les sens du terme. Je fréquente aussi les poètes. C’est mon côté « schizophrène » (rire).
Quels bénéfices en retirez-vous ?
J’aime bien y aller, le CJD est enrichissant pour les échanges sur le management. J’aime à essayer d’y apporter un peu de « poésie ». Pour les poètes, je m’évade avec eux très haut dans les airs, mais j’apporte aussi parfois un peu de réalité économique. Je crée du lien. Mais il n’y a qu’à Univers 9 que tous les aspects de ma personnalité, femme, manageuse, mère, poète, innovatrice, sont comblés
Qu'avez vous à demander aux lectrices d'Interdit aux Hommes ?
Savez-vous qu’on a toujours le choix pour améliorer sa vie et celle des autres ? C’est une histoire de volonté…