Comment passe t- on, à 35 ans, de Hermès à … PDG d’un laboratoire pharmaceutique spécialisé dans les compléments alimentaires à base d’algues et de compléments marins ? Retour sur le parcours d’ Elodie Guérin, 35 ans, bretonne et maman de 4 enfants (de 2 à 9 ans), qui s’est lancée, en 2007, dans l’aventure de l’entrepreunariat, en créant PureOcean.
Quel métier rêviez-vous de faire enfant ?
Toute petite, je lisais énormément, et j’adorais les mondes virtuels associés à mes lectures. Les seules personnes à mon sens capables de lier le réel et l’imaginaire étaient les actrices, véritables caméléons, magnifiques selon leurs rôles, incroyables dans leurs tenues à paillettes, fascinantes par leur destin hors du commun. Je voulais devenir une de ces héroïnes que j’imaginais totalement déconnectées du réel. Ca m’est passé au collège où l’orientation professionnelle est devenue une question très concrète.
Qu’est-ce qui, dans vos études, vous a donné les clés pour réussir ?
J’ai fait une école de commerce et j’ai adoré cette sorte de laboratoire où tout projet pouvait être possible : il suffisait qu’il tienne la route et que vous sachiez le défendre. C’est une expérience unique d’encouragement et d’enthousiasme. Une grande cour de récréation pour ceux qui aiment entreprendre et qui voulaient voler de leurs propres ailes progressivement.
Quelle a été la rencontre déterminante dans votre parcours professionnel ?
Ma première expérience professionnelle s’est passée chez Hermès. J’y ai appris la rigueur et la qualité portée à son paroxysme. Ne jamais se contenter d’un travail moyennement fait, a été pour moi une grande leçon qui me sert chaque jour.
Quelle est l’entreprise où vous avez adoré travailler ?
Evidemment travailler chez Hermès fut une expérience exceptionnelle, j’ai adoré leur philosophie, leurs produits, et cette façon de concilier le passé, le présent et le futur d’une manière unique. Chaque geste est un héritage, nécessite une longue formation et reste immuable depuis des générations d’artisans, alors que l’entreprise Hermès est capable en même temps d’avoir une dimension internationale.
L’idée de créer PureOcean vous est venue quand ?
Très bizarrement et un peu par hasard.
C’est mon père qui voulait depuis un moment monter un projet de gamme de compléments alimentaires à base d’algues. Il avait rencontré des personnes qu’il pensait associer au projet (dont ma sœur), mais rien n’avançait.
De mon côté, depuis quelques années, j’avais comme activité principale la grossesse et l’allaitement. Autrement dit, j’étais totalement hors circuit. Un dimanche, alors que je venais d’accoucher, c’est Fred, mon mari, qui à la surprise générale lors d’un repas de famille et à qui mon père reparlait de son projet, qui à lancé : Elodie peut vous aider !
Tout le monde a été surpris.
J’ai commencé par une étude de marché (le bébé au sein, une main sur le clavier de l’ordinateur) en me disant que ce n’était qu’un coup de main. Mais de fil en aiguille, j’ai coordonné les actions, pris les décisions. Ceux qui participaient aux réunions du début se sont tous tournés vers d’autres choix de vie (ma sœur est partie vivre au Canada, mon père est resté très pris par d’autres projets).
Finalement, je suis allée jusqu’au bout, et c’est moi qui ai créé la société.
Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?
Il y a toujours une part d’inconscience qui vous permet de démarrer : monter un projet avec un bébé, sans place en crèche (merci belle-maman), après une période d’inactivité ne m’a pas faire peur, j’ai vécu chaque jour à fond, et avec philosophie quand c’était dur.
Je m’étais toujours promis de vivre une aventure professionnelle, sans jamais me fixer de date. Quand l’occasion s’est présentée, je me suis lancée. Et quand vous sentez la motivation vous chatouiller, l’énergie nécessaire vient toute seule.
Quel sont les obstacles que vous avez eu à franchir avant de lancer ce projet ?
Je dirais que j’ai été mon propre obstacle. Il a fallu que je surmonte le manque de confiance en moi, me dire que j’en étais capable, et me le redire chaque jour. Je parle au passé et au présent.
De quelles aides avez-vous bénéficié ?
Je me suis installée dans ma région et j’ai choisi des partenaires de ma génération (expert comptable, banquier, ..) Je connais tout le monde et tout le monde se connait, beaucoup de choses sont plus simples quand on se comprend.
Quelles ont été les réactions de vos proches à l’annonce de votre projet ?
En générale positives.
PureOcean en trois chiffres :
10 : nombre de produits de la gamme Pure0cean
1 : gamme, un nom, une nouvelle marque.
2008 : qui s’annonce comme une année de grands développements.
Quel est le produit le plus demandé :
Le Détoxifiant Marin, à base de quatre algues marines, un complexe naturel dont les bénéfices sont rapides.
Quel est votre produit coup de cœur ?
J’aime beaucoup nos trois omégas 3, c’est une mini-gamme dans la gamme. J’aime leur complémentarité. Ce sont des produits d’une grande qualité.
Qui sont vos clientes ?
Je n’ai pas encore assez de recul pour connaitre précisément le profil des consommatrices des produits PureOcean. Je sais que ce sont des femmes concernées par leur santé, mais aussi par la qualité et l’authenticité des produits à base d’algues. Elles s’informent et sont prêtes à prendre en main leur capital santé.
Mais nous avons aussi beaucoup d’hommes qui consomment nos produits.
Qu’est ce qui est le plus contraignant dans votre activité ? Comment le gérez –vous ?
L’inconvénient quand on commence et que l’on est peu nombreux, c’est que l’on est obligé de tout faire, même ce que l’on n’aime pas. Ca a le don de m’agacer car alors j’ai le sentiment d’être lente et peu productive.
Je le prends comme un tout, je me dis qu’un projet c’est ça, le meilleur, mais aussi le moins agréable.
Quels sont les témoignages qui vous ont le plus encouragée ?
Les produits ont eu un accueil très positif auprès de tous les professionnels de santé. Ils aiment le packaging et la notion de gamme construite autour du concept de la mer. Leurs commentaires positifs spontanés m’ont fait très plaisir, et ont en quelque sorte « validé » mon travail.
On m’a aussi félicitée sur la qualité de mes dossiers.
Quels sont vos objectifs pour 2008 ?
2007 a été en quelque sorte une année de développement et de démarrage, 2008 sera une année de concrétisation commerciale.
A quoi ressemblent vos journées ?
Mon emploi du temps ? Lorsque je ne suis pas en déplacement et que je ne prends pas un train tôt le matin, je quitte la maison à 7h30. J’ai beaucoup de chance : je suis à 10 minutes du bureau en voiture.
Je travaille jusqu’à 18 heures et je rentre à la maison si je n’ai pas de réunion (j’essaie d’éviter quand c’est possible). Normalement, je ne rentre pas avant 20 heures, mais j’ai passé un accord avec mon fils, après que sa maitresse nous ait alertés sur ses difficultés en classe. Il m’a demandé d’être là pour faire ses devoirs, et je me suis organisée. Comme c’est un gros effort pour moi de finir si tôt, à la moindre protestation pour apprendre, je menace de reprendre mon rythme d’avant ! (le chantage n’est pas un outil éducatif très glorieux, mais c’est toujours efficace …)
Combien d’heures par semaines travaillez-vous ?
C’est une question dont je n’ai pas la réponse ! C’est du 24h/24 ! PureOcean est un projet qui me demande énormément d’énergie et de concentration. Comme tous les créateurs d’entreprise, j’y pense la nuit, le week-end, en vacances…Je rencontre souvent des personnes pour des questions professionnelles en vacances ou le week-end.
Je ne peux pas calculer précisément mon temps de travail.
Comment parvenez-vous à concilier vie professionnelle et vie de famille ?
Lorsque je ne travaillais pas et que j’imaginais ma reprise professionnelle, je faisais étrangement et totalement abstraction des tâches ménagères. Et puis j’ai fait une observation très intéressante : alors que j’avais repris une activité professionnelle, le frigo continuait à se vider, le linge à s’accumuler dans le panier à linge sale, et les enfants à tomber parfois malades. C’est ça la concrétisation d’un projet !
J’ai la chance d’habiter une ville moyenne et donc d’éviter les temps de transport quotidiens trop longs, par contre, la plupart des rendez-vous professionnels sont sur Paris. Je me déplace aussi sur les points de ventes, je suis souvent absente.
Mon mari est mon binôme. Nous nous organisons spontanément et nous nous comprenons à demi-mots. Il lance les machines, fait les courses quand il n’y a plus de lait, s’occupe de nos quatre enfants le matin, raconte les histoires quand je rentre trop tard pour faire le bisou du soir. C’est un énorme atout.
Depuis peu, nous avons recruté une jeune femme pour prendre le relais à la maison.
Comment vos proches perçoivent-ils votre emploi du temps d’entrepreneuse ?
Maman habite en Angleterre, et je vois rarement papa qui habite à plus d’une centaine de kilomètres. Il n’y a que mes beaux-parents qui habitent notre ville. Je ne pense pas qu’ils s’en rendent vraiment compte. Ou alors ils ne m’en parlent pas !
Quelles est la femme que vous admirez ?
J’admire les femmes capables de partager. J’adore les histoires, les destins, les aventures.
Toute femme racontant ce qu’elle a vécu, ou bien ce qu’elle a imaginé, captive mon attention.
La lecture est un vecteur de rencontre avec des femmes, soit auteures ou bien héroïnes.
En général, tous les livres sont à double lecture : ils vous proposent un personnage central, mais la façon de le faire vivre et de bâtir le livre vous apprend énormément sur l’auteure. J’aime ces rencontres des deux types, voyager à travers le miroir.
Je viens de terminer le livre d’ Hélène Berr qui m’a bouleversée par sa simplicité et sa foi dans la vie.
J’ai eu le sentiment de partager son quotidien, ses peurs, de la connaitre. C’est une personne très attachante et extrêmement profonde.
Celle qui vous tape sur les nerfs ?
C’est très variable. Mais en général, la suffisance me fait fuir.
Quelle serait votre première mesure si vous étiez présidente ?
Attention, ma réponse est très réductrice, il y a tellement d’urgences !
Je réduirais les charges des entreprises, elles plombent énormément les élans d’investissement et d’embauche des entreprises.
Quelle est votre devise ?
Je n’ai pas vraiment de devise, mais il y a des phrases qui me touchent. « Elle ne savait pas que c’était impossible, alors, elle l’a fait ». J’aime la notion de liberté qui se dégage de ces mots.
Appartenez-vous à des réseaux féminins ?
J’ai du retard ! Pourtant Wally Montay m’a offert le guide que vous avez co-écrit !
J’aime beaucoup la notion de mutualisation des expériences. Je fais partie de pas mal d’organismes et d’associations, mais pas purement féminines.
Auriez-vous une demande à faire aux lectrices d’Interdit aux Hommes ?
De continuer à vivre pleinement selon leurs convictions et à porter de nouveaux projets.