Cyrine Hayouni , 36 ans, est maman de deux petites filles, de 4 et 5 ans.
Elle est aussi créatrice de fashion business bags. Si vous souhaitez que votre sac pour ordinateur soit aussi stylé que vos nouvelles chaussures du jour, faites confiance à Cyrine H.
Quel métier rêviez vous de faire enfant ?
Je voulais être Architecte. A l’école primaire, je passais mes week-ends à construire des maquettes avec une amie. Soit on reproduisait des endroits que l’on connaissait ou que l’on avait visités lors d’un voyage soit on inventait des édifices, des villages, etc… Comme on n’avait pas de matériel spécifique, on était très créatives. Par exemple, je me rappelle qu’on avait utilisé un grand bouton rose pour faire la poulie d’un ascenseur ou une éponge grattante pour faire une pelouse.
A la fin du week-end, mon père nous prenait en photo toutes les deux avec notre chef d’œuvre.
Quelles études avez vous faites ?
Une maîtrise HEC et un Master en Gestion Internationale à l’Ecole des HEC à Montréal. Cela a été une de mes plus belles expériences humaines et académiques.
Quel fut votre premier job ?
J’étais Responsable Marketing dans une usine de packaging de 400 personnes où j’étais la seule femme cadre. J’avais un patron extraordinaire, ex- polytechnicien, grâce à qui j’ai pu m’imposer. J’y ai appris à négocier avec les grands comptes et à maîtriser la chaîne graphique.
Votre parcours ensuite ?
Unilever chez qui j’étais chef de groupe et où j’ai géré d’énormes budgets marketing : une vraie école ! J’y ai réalisé des performances remarquées (+40% d’accroissement du chiffre d’affaires de mon portefeuille de produits) et j’y ai introduits de nouvelles pratiques marketing qui ont ensuite été adoptées par l’entreprise.
L'idée des sacs Cyrine H. vous est venue quand ?
En 2004 lorsque j’ai acheté un ordinateur portable et que je n’ai trouvé aucun sac qui me convenait pour le transporter.
Pourquoi vous êtes vous lancée dans cette aventure ?
Cela faisait longtemps que je voulais créer mon entreprise et ce projet réunissait tous les éléments qui pouvaient me séduire : une forte dose de créativité, un potentiel de marché énorme et une cible que je connais parfaitement. Sans oublier que j’ai été élevée par une grand-mère et une tante toutes deux dans la haute couture et que la mode a toujours fait partie de mon univers même si je n’avais jamais pensé auparavant en faire mon métier. A 5 ans je savais coudre et à 15 ans découper, tricoter et broder. Je confectionnais même des tailleurs.
Quels sont les obstacles que vous avez eu à franchir avant de lancer ce projet ?
Trouver la bonne information et les bons interlocuteurs dans la jungle de la création d’entreprise.
De quelles aides avez-vous bénéficié ?
J’ai bénéficié de l’ACCRE qui est l’exonération partielle de charges sociales la première année de l’entreprise. Mais j’ai aussi été en couveuse au GEAI (www.geai-bgp.org) puis en pépinière aux Ateliers de Paris, ce qui m’a permis dans un premier temps de peaufiner mon projet puis de voler de mes propres ailes.
Quels ont été les avantages d'être femme, les inconvénients, pour lancer votre projet ?
Je ne pense pas qu’il y ait d’inconvénients majeurs à être une femme lorsqu’on lance une entreprise mais il est certain que les femmes ne savent pas encore bien exploiter leurs réseaux à titre professionnel. Les hommes eux savent y faire depuis très longtemps.
Par contre, j’étais révoltée par les réflexions de certaines personnes qui insinuaient que j’avais crée mon entreprise « pour m’occuper » ou que ma seule ambition était de vendre quelques sacs sur des marchés de créateurs. Ces réactions montrent bien combien la société dans laquelle nous vivons est encore profondément sexiste.
Quelles ont été les réactions de vos proches ?
Ceux qui avaient compris le projet mais surtout l’évolution du marché ont tout de suite adhéré et m’ont beaucoup soutenue, les autres étaient sceptiques mais aujourd’hui, ils sont convaincus.
Par contre, j’ai été étonnée par le langage défaitiste des personnes plus éloignées dans l’administration et ailleurs. La création d’entreprise et la prise de risque leur font peur et du coup, ils vous découragent.
Les premières ventes, vous vous en souvenez ? Qu'avez vous ressenti ?
Oui, je me souviens très bien de mes premières ventes. C’était lors d’un Salon de Noël à République, nous étions 50 créateurs et l’ambiance était très sympa. A la fin de la matinée, j’avais déjà atteint mes objectifs de vente.
Mais ce qui était le plus agréable, c’est la réaction des clients. Ils étaient épatés par l’ingéniosité des sacs et heureux qu’enfin quelqu’un ait pensé à faire des sacs dans lesquels on peut mettre son ordinateur portable en toute sécurité et qui sont beaux et fonctionnels.
J’ai eu plusieurs réflexions du type « C’est le sac dont j’ai toujours rêvé ! » et ça, c’est ma plus belle satisfaction.
Quel est le produit le plus demandé ?
Plusieurs modèles ont remporté un franc succès dès la première collection. Il y a en particulier le modèle Chic City qui est très chic et fonctionnel et le modèle Vibrations qui est très coloré et très fun.
Quel est votre produit coup de coeur ?
C’est le Africa Touareg. Je trouve ses proportions idéales et j’adore sa pochette qui peut vous accompagner au théâtre ou au resto. Ses couleurs, toile bleue et cuir argent, sont lumineuses et très dans l’air du temps.
Quel est le profil de vos clientes/clients ?
La Cliente Cyrine H. est une femme jeune d’esprit et dynamique.
Elle est cadre, enseignante, étudiante, chef d’entreprise, profession libérale, graphiste, femme libre.
Elle a de l’humour et tout en étant très compétente, elle ne se prend pas trop au sérieux.
Elle sait apprécier les belles choses et reconnaître le travail de qualité sans nécessairement s’attacher aux marques.
Elle s’achète quelques accessoires signés de temps en temps mais n’est pas obsédée par le « paraître ».
Elle est maligne et aime les produits design et astucieux.
Au travail, elle s’habille de façon assez décontractée mais élégante et ose des détails assez originaux.
Sa vie est trépidante mais elle arrive à tout concilier avec bonheur.
Qu'est ce qui vous passionne le plus dans cette activité ?
Les rencontres que l’on peut faire. Du financier au créatif pur. J’adore côtoyer des personnes différentes et créatives. Elles alimentent ma propre créativité et ma découverte des autres et de moi-même.
Qu'est ce qui est le plus contraignant ? Comment le gérez vous ?
Les contraintes administratives, la comptabilité, etc… C’est ce qui me passionne le moins mais comme j’ai fait une école de commerce, ce sont des choses que je maîtrise relativement. Qui plus est, c’est parfois très intéressant de s’y plonger !
Pour les aspects logistiques et autres, j’externalise pas mal de choses.
Quels sont vos objectifs pour 2008 ?
Continuer à développer et à diversifier la collection, nouer des partenariats avec des marques et des constructeurs d’ordinateurs portables et proposer nos produits en cadeaux d’affaires à de grandes entreprises.
Je projette aussi de recruter un(e) assistant(e) pour me seconder.
La création de sacs Cyrine H. vous a-t-elle ouvert de nouveaux horizons ou changé votre vie ?
L’aventure de la création d’entreprise bouleverse forcément votre vie. C’est une expérience qui fait grandir quelle qu’en soit l’issue. D’ailleurs les anglo-saxons ont une attitude beaucoup plus positive par rapport à cette démarche. Ils considèrent qu’elle est un atout dans un CV même si le projet crée n’a pas marché.
A quoi ressemblent vos journées d'entrepreneuse ?
Elles sont intenses et minutées.
Réveil à 7h30, préparation du petit déjeuner pour toute la famille et check de mes mails. A 8h je réveille mes filles (Yesmine 5 ans ½ et Inès bientôt 4 ans) et je les dépose à l’école à 9h.
Puis direction le bureau (depuis peu à 3 mn à pied de chez moi, le bonheur !).
Là commence la journée de rendez-vous, de réunions avec mes collaborateurs, de rencontres avec d’autres créateurs chez qui j’aime bien me déplacer. La fin de la journée est plutôt consacrée au travail de réflexion et de création lorsque tout le monde est parti et que le téléphone a arrêté de sonner. Ça c’est une journée sans Salons sinon c’est toute la journée au Salon à découvrir les nouveautés et les tendances et à discuter avec les fournisseurs.
Le soir, je m’occupe de mes filles, je fais la cuisine (une autre de mes passions) et après avoir mis tout le monde au lit vers 21h, je me remet devant mon ordinateur ou je lis les nombreuses revues grand public ou professionnelles que je n’ai pas eu le temps de feuilleter pendant la journée. Il est capital pour moi de rester connectée à ce qui se passe dans le monde en général et dans notre société en particulier pour pouvoir anticiper les nouveaux besoins et comprendre mes clients. Je me couche rarement avant minuit et parfois beaucoup plus tard.
Comment parvenez vous à concilier vie pro et vie de famille ?
Mon mari est journaliste et son planning est très chargé et changeant, c’est donc assez compliqué de s’organiser. On y arrive quand même grâce aux baby-sitters et à ma voisine Christine qui est adorable et me dépanne régulièrement pour les enfants ou les courses.
Quelle est la femme célèbre (ou pas) que vous admirez ?
Ma grand-mère qui était une artiste complète et une grande créatrice. Elle a élevé seule ses 2 enfants après la mort prématurée de mon grand-père. Elle était chef d’Atelier dans la plus grande maison de haute couture en Tunisie. Elle concevait et pouvait réaliser seule les robes les plus somptueuses, avec des broderies et des finitions extraordinaires. Elle a aussi beaucoup peint, tricoté, crocheté et fait toutes sortes de collages avec des matériaux très créatifs. Je suis sure que si elle avait vécu aujourd’hui, cela aurait été une grande dame.
Je lui doit beaucoup et je l’adore.
Celle qui vous tape sur les nerfs ?
Toutes celles qui croient qu’elles ont tout compris et dont l’ego est surdimensionné.
Quelle serait votre première mesure si vous étiez présidente ?
1) Alléger les charges pour les créateurs d’entreprises et en particulier pour ceux qui veulent recruter pour se développer
2) Imposer à l’administration et aux grandes entreprises de faire au moins 5% de leurs achats auprès d’une entreprise de moins de 5 ans dirigée par une femme.
Quelle est votre devise ?
Positive thinking !
Appartenez vous à des réseaux/associations ?
Je suis membre actif de l’Association des Anciens HEC Montréal (AEAHEC) dont le siège se trouve au 15 rue du Louvre à Paris.
Je suis aussi sur plusieurs réseaux virtuels tels Viadeo, Xing, Linkedin.
Par ailleurs, je participe à plusieurs soirées réseaux où je rencontre souvent des personnes très intéressantes dont certaines sont devenues de vraies amies.
Quels bénéfices en retirez vous ?
Un échange de contacts, d’idées et d’informations. Et parfois, des partenariats, des contrats, etc… Mais aussi des amitiés.
Mais ce qu’il y a de plus important c’est le plaisir de la rencontre. Si on n’aime pas les gens, mieux vaut s’abstenir de faire du réseau.
Quels conseils avez vous à donner aux femmes lectrices d'Interdit aux Hommes ?
Sachez aller jusqu’au bout de votre rêve, connectez-vous aux réseaux où vos valeurs sont partagées et osez aller à la rencontre des autres.