Comment passe-t-on d’un statut de cadre dans une société informatique à celui de responsable d’une boutique en ligne de produits bios ?
Flash sur Anne le Turnier, célibataire de 37 ans, directrice de Cosma Terra
Quel métier rêviez vous de faire enfant ?
Médecin, mais j’adorais aussi « jouer à la marchande ». J’avais une très grande collection d’échantillons de parfums et de crèmes que je m’amusais à vendre.
Quelles études avez vous faites ?
Une école de commerce (Institut Supérieur de Gestion) + un « E-business Development Certificate » de New York University
Quel fut votre premier job ?
Commerciale chez un prestataire de services informatiques
Votre parcours ensuite ?
Des postes commerciaux et marketing au sein de plusieurs sociétés informatiques, notamment APC (American Power Conversion), Visio et Microsoft.
L'idée de Cosma Terra vous est venue quand ?
Vers 2002, j’ai commencé à trouver ma vie particulièrement stressante. J’ai cherché des solutions pour améliorer sa qualité et je me suis intéressée à l’aromathérapie et aux médecines parallèles. Après un licenciement économique en 2004, j’ai pris le temps d’approfondir mes connaissances dans ces domaines, puis dans d’autres qui m’étaient inconnus comme la naturopathie, l’Ayurveda, etc… . J’ai pris conscience de ce que la Nature recélait comme bienfaits. J’ai alors eu envie de mettre à profit mes compétences et mon expérience au service de valeurs qui me correspondaient davantage.
Pourquoi vous êtes vous lancée dans cette aventure ?
J’avais besoin de me lancer un nouveau défi.
Quels sont les obstacles que vous avez eu à franchir avant de lancer ce projet ?
Les premiers obstacles sont en fait d’ordre psychologique : suis-je capable d’y arriver ? Que va-t-il se passer si ça ne marche pas ?
Le jour où j’ai réalisé que si je n’essayais pas, je ne saurais jamais répondre à ces questions, j’ai franchi un cap important.
L’obtention d’un prêt fut également compliquée. Les banquiers ne manquent pas d’imagination dès lors qu’il s’agit de trouver de bonnes raisons de ne pas vous prêter d’argent. Avec du recul, je souris quand je repense à leurs arguments : « le bio, on n’est pas sûr que ce soit un marché porteur », « un site marchand c’est très risqué, il y a beaucoup de problèmes de paiement » (je n’ai quasiment jamais eu d’incident de paiement depuis le démarrage du site), « il aurait fallu passer en début d’année, on avait des prêts pour les jeunes créateurs, mais là en septembre ce n’est plus possible, vous arrivez trop tard », …
De quelles aides avez vous bénéficié ?
Un PCE (Prêt à la Création d’Entreprise) de la BDPME (Oséo), adossé à un prêt bancaire.
Pouvoir continuer à percevoir les Assedic quand on commence son activité d’entrepreneur fut aussi un sérieux coup de pouce.
Quels ont été les avantages d'être femme, les inconvénients, pour lancer votre projet ?
J’ai toujours eu le sentiment de devoir me battre davantage que les hommes. A force, cela développe la ténacité et permet d’aller jusqu’au bout de ses projets.
Quelles ont été les réactions de vos proches ?
Au départ, je crois qu’ils ont été étonnés, voire soucieux pour mon avenir. Dans l’informatique, j’avais plutôt bien réussi et je gagnais bien ma vie. Alors pourquoi changer ? Puis, ils ont compris que ma décision était prise, ils m’ont apporté leur soutien.
La date du lancement on line, vous vous en souvenez ? Qu'avez vous ressenti ?
Oui, je m’en souviens et j’espérais ressentir une joie et une fierté inouïes. En réalité, ce n’est pas mon meilleur souvenir car à ce moment-là, j’ai réalisé que le site n’était qu’un outil pour développer l’activité. Désormais, il allait falloir le faire vivre et le faire connaître. Tout restait à faire…et la tâche m’a paru énorme.
Quel est le produit le plus demandé ?
La Crème Miracle Réparatrice de Patyka. Depuis sa sortie en février 2007, nous en avons vendu plus de 200 exemplaires. Malgré son prix (79€), ce soin anti-âge connait un très grand succès ; en effet, il propose une alternative bio d’une qualité et d’une efficacité qui n’ont rien à envier aux produits de l’industrie conventionnelle. Au bout de quelques mois, nous avons constaté que nous avions fidélisé un certain nombre de clientes grâce à ce produit.
Quel est votre produit coup de coeur ?
Patyka vient de sortir un Elixir Nuit Réparateur. C’est une huile sèche très régénérante. 2 ou 3 gouttes suffisent pour un massage du visage le soir avant d’aller se coucher. Mais moi, c’est surtout l’odeur de la mandarine qui me fait craquer et en plus c’est très relaxant.
Quel est le profil de vos clientes ?
90% des clients sont des clientes, mais nous avons quand même 10% d’hommes. Cette proportion devrait même augmenter puisque nous venons de lancer un site dédié aux hommes (www.cosmaterra-homme.fr).
75% de nos clientes habitent en Province (1% à l’étranger).
La majorité d’entre elles a entre 35 et 50 ans pour les achats en ligne. La moyenne d’âge est plus élevée pour les achats par téléphone.
Qu'est ce qui vous passionne le plus dans cette activité ?
C’est de pouvoir fonctionner en mode « innovation » et « développement de projets ». Après le site pour homme, nous lançons un blog video (http://cosmaterra-leblog.typepad.fr/) avec des interviews des fournisseurs, des client(e)s et des partenaires de Cosma Terra, puis nous sortons un nouveau format de newsletter, etc…
Ce qui me plait également, c’est de pouvoir militer pour une cause à ma manière, c'est-à-dire en agissant plutôt qu’en parlementant.
Qu'est ce qui est le plus contraignant ? Comment le gérez vous ?
De ne pas pouvoir téléphoner au service informatique pour qu’il nous dépanne quand nous avons des problèmes avec les ordinateurs, ce qui malheureusement arrive de temps à autre. Pour l’instant, j’ai quelques amis informaticiens qui viennent me dépanner, mais à force je me demande s’ils vont vraiment vouloir rester mes amis !!
Quels sont vos objectifs pour 2008 ?
Faire de Cosma Terra un site vraiment incontournable dans le monde des cosmétiques bio.
Poursuivre le développement de notre offre produit, en renforçant notamment notre offre pour les hommes.
Commencer à mener une réflexion sur le développement à l’international.
Cosma Terra vous a-t-il ouvert de nouveaux horizons ou changé votre vie ?
Pour le moment, je n’ai de compte à rendre à aucune hiérarchie et c’est une liberté inestimable.
Comment parvenez vous à concilier vie pro et vie de famille ?
Actuellement, je suis célibataire. La question se pose donc en d’autres termes : comment concilier vie sociale et vie professionnelle ? On peut être vite tentée de passer son temps devant son écran d’ordinateur. J’essaye de me discipliner pour faire des pauses et m’occuper de moi.
A quoi ressemblent vos journées d'entrepreneuse ?
Aucune journée ne se ressemble vraiment en fait. J’aime bien commencer tôt mes journées pour me consacrer aux tâches les plus pénibles ou à celles qui demandent de l’inspiration. Je me sens ensuite plus disponible pour mes collaborateurs, mes clients ou mes autres interlocuteurs.
Quelle est la femme célèbre (ou pas) que vous admirez ?
Madonna. Je suis admirative de ce que la volonté et le travail permettent d’accomplir, de sa capacité à se renouveler sans cesse.
Celle qui vous tape sur les nerfs ?
Mes concurrentes parfois, mais je les apprécient aussi parce qu’elles me procurent une excellente émulation. Elles me donnent envie d’en faire encore plus pour mes clients.
Quelle serait votre première mesure si vous étiez présidente ?
Utiliser la PAC (Politique Agricole Commune) pour soutenir l’agriculture biologique, comme c’est le cas par exemple en Allemagne. Il n’est pas normal que l’alimentation bio ne soit pas plus largement accessible à l’ensemble de la population.
Quelle est votre devise ?
"J’ai décidé d’être heureux (heureuse) parce que c’est bon pour la santé" (Voltaire).
Appartenez vous à des réseaux/associations ?
A titre personnel : Action’elles, cyber elles et Femmes et Développement Durable.
Cosma Terra fait également partie du Réseau Paris Développement Durable
Quels bénéfices en retirez vous ?
Au début, j’ai reçu beaucoup d’aide, maintenant, je peux aussi aider ou motiver certaines personnes en partageant mon expérience. On reçoit aussi beaucoup d’énergie positive en donnant. D’autre part, quand j’ai recherché des prestataires, j’ai gagné du temps en les trouvant soit au sein du réseau lui-même, soit grâce aux recommandations du réseau.
Quels conseils avez vous à donner aux femmes lectrices d'Interdit aux Hommes ?
De continuer à lire Interdit aux hommes, j’y ai personnellement trouvé plein d’information intéressantes.