Corinne Hennequin est avant tout une passionnée de la vie… et du vin ! Elle a débuté en tant qu’attachée de presse et est aujourd’hui à la tête de l’agence Hémisphère Sud. Elle a suivi une double formation de lettres et de communication grâce à son passage en hypokâgne puis en kâgne, à sa formation à l’EFAP et à son Dess. Une formation complète et un parcours intéressant pour cette femme qui continue à s’investir dans sa passion du vin à travers le club L&Vin qu’elle a fondé avec l’aide de ses deux amies Carole et Sandrine. Depuis sa création en 2006, le club L&Vin n’a cessé de prendre de l’ampleur et compte aujourd’hui 55 membres actives qui ont la chance de pouvoir rencontrer les plus grandes professionnelles des métiers du vin. Trop longtemps le monopole des hommes, Corinne nous prouve à travers son expérience que le milieu viticole a subi une réelle transformation, et n’est plus interdit aux femmes !
- Bonjour Corinne, vous êtes fondatrice du club L&Vin mais vous êtes aussi directrice de l'agence de communication Hémisphère Sud : qu'est –ce qui, dans votre parcours, vous a donné les clés pour réussir ?
La passion, la ténacité et le positivisme m'ont permis d'avancer et de franchir les étapes plus facilement !
- Quand avez-vous décidé de monter votre propre réseau et quelles étaient vos motivations ?
Je désirais retrouver la convivialité découverte lors des Wine Women Awards (Prix international créé par le guide gastronomique Le Bottin Gourmand, s'adressant aux femmes professionnelles viticultrices, sommelières, cavistes etc, mais aussi aux amatrices passionnées de vin, ndlr). Ce fut un réel élément déclencheur pour moi de voir une communauté de femmes partageant la même passion pour le vin. J'ai aussi été très agréablement surprise par la spontanéité des femmes qui participaient à l'événement. J'ai alors découvert que je n'étais pas seule, et que de nombreuses femmes partageaient ma passion, et se rencontraient en toute amicalité !
- Pourquoi les femmes et le vin ?
Le vin, par passion personnelle : j'ai toujours été attirée par le vin et par le monde et l'univers qui l'entourent… C'est vraiment Wine Women Awards qui m'a fait prendre conscience que les femmes étaient sans doute plus réceptives aux arômes du vin… Après des millénaires de stéréotypes archaïques qui ont fait du vin un breuvage au masculin, on se rend compte que les femmes sont peut-être autant, voire plus capables d'apprécier les qualités du vin que les hommes, grâce à leurs meilleures aptitudes à la dégustation…
- Faisiez-vous partie de réseaux avant de créer le vôtre ? Lesquels ? Que vous ont-ils apporté ?
Je me suis investie dans plusieurs réseaux de communicants par rapport à ma vie professionnelle. J'ai été vice-présidente de l'Apacom, association des professionnels aquitains de la communication qui compte plus de 500 membres. Faire partie de ces réseaux m'a apporté une certaine expérience du networking et j'y ai trouvé de réels espaces de partage et d'échange.
- De quelles aides avez-vous bénéficié pour monter ce projet ?
Financièrement et administrativement… Aucune ! Plutôt des bâtons dans les roues à vrai dire ! Par exemple, nous avions choisi le nom “Elles&Vin“ et lorsque nous avons pris contact avec le groupe Elle magazine de notre région, ils étaient même prêts à ce que nous collaborions ! Mais l'engouement ne fut que de courte durée puisque quelque temps après les avocats du groupe Hachette sont intervenus au nom de Elle magazine France pour nous interdire d'utiliser “ Elles&Vin“ ! Nous avons donc dû y renoncer et transformer notre nom en L&Vin… Ce n'est pas tant que cela nous ai posé vraiment problème, mais nous n'avons simplement pas compris pourquoi ce magazine n'a pas réalisé que nous ne pouvions en aucun cas leur faire concurrence car nous ne jouions pas dans la même cour mais marchions dans le même sens et vers le même objectif : la représentation et la mise en valeur des femmes dans tous les domaines de la société, et particulièrement ceux réservés aux hommes… Mais ceci n'est finalement qu'une anecdote, d'autant que si je m'exprime au pluriel c'est parce que j'avais le soutien inconditionnel de mes amis qui ont vraiment été remarquables d'efficacité et de professionnalisme !
- Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Lorsque l'on monte ce type de projet, le plus difficile est de trouver des personnes qui acceptent d'intervenir gratuitement, d'autant que nous ne voulions traiter qu'avec des professionnelles afin de pouvoir proposer à nos membres des interventions de qualités… Voilà le type de craintes que nous avons pu avoir au début… Mais elles se sont très vite dissipées quand nous avons rencontré toutes ces femmes formidables et ravies de partager leur passion ! Elles sont toujours prêtes à donner de leur temps malgré leurs occupations, et elles sont très professionnelles. Elles sont d'ailleurs toutes des professionnelles du milieu, elles sont oenelogues, viticultrices, négociantes ou propriétaires et titulaires du DUAD (Diplôme d'aptitude à la dégustation).
Dernièrement, nous avons par exemple eu la chance de recevoir la journaliste Florence Varaine de Gilbert et Gaillard ; Nathalie Miara, dégustatrice négociant ou Sandrine et Katy Heraud, propriétaires viticultrices du domaine de St Christoly.
- En tant que femme, ne vous êtes-vous jamais sentie freinée dans vos ambitions dans cet univers traditionnellement perçu comme réservé aux hommes ?
Je pense que nous sommes arrivées au bon moment : il était déjà admis depuis pas mal de temps que les femmes s'intéressent au vin, et ce, non de façon futile mais avec une réelle passion et beaucoup de motivation. Finalement, le combat a été mené avant nous par des femmes qui ont eu le courage de s'imposer, nous traçant ainsi une voie bien moins tortueuse vers la passion qui nous anime. En cela, nous leurs devons beaucoup, mais il ne faut pas non plus oublier l'impact des enjeux commerciaux : en effet, 75% des achats de vin en grandes surfaces sont faits par des femmes !
Mais le combat n'est pas tout à fait gagné puisque certains métiers du vin restent encore très fermés aux femmes, le secteur de la sommellerie ne comptant par exemple que 6% femmes !
- Quelle est la personne qui vous a le plus influencée dans ce projet ?
Ce n'est pas une personne mais ma vie professionnelle qui m'a permis d'entrer en contact avec le monde du vin et d'acquérir une grande expérience du secteur car même avant de fonder L&Vin, l'agence dans laquelle je travaillais était spécialisée dans l'art de vivre et particulièrement dans le vin. Mon arrivée à Bordeaux en 1991 où je m'occupais des budgets vin pour un agence de presse, fut une révélation… à Bordeaux je me suis aperçue que derrière le produit, il y avait toute une histoire : celle de ceux qui l'ont produit ainsi que celle de ceux qui le consomment.
Ces perspectives donnent au vin un caractère magique selon moi…
- Qu'a pensé votre entourage de votre démarche ?
Mon entourage professionnel a beaucoup apprécié l'idée de féminiser le réseau des amateurs de vin, beaucoup de proches et de connaissances ont voulu faire partie de l'aventure, et on m'a énormément encouragée…
En revanche avec la famille, il a fallu négocier au niveau des horaires !
- Qu'est ce qui est le plus contraignant quand on est responsable de réseau ?
Personnellement, il m'a fallu accepter que je ne pouvais pas compter sur les membres du club pour investir du temps dans l'organisation et le fonctionnement matériel et administratif du club. Du coup, avec mes fidèles amies Carole
et Sandrine nous nous en occupons nous-même bénévolement, mais nous avons dû abandonner plusieurs idées de projets car nous n'étions pas assez à pouvoir se charger de les mettre en pratique.
- Qu'est ce qui vous donne les plus grandes joies ?
Le fait de voir ma passion partagée est toujours pour moi une source de grande satisfaction.
Et voir le fort taux de fidélisation (95%) de nos membres est chaque année une joie supplémentaire !
- Que faîtes-vous pour faire connaître votre réseau ?
Nous n'avons pas eu besoin d'en faire trop pour faire connaître notre club, j'ai d'abord envoyé un communiqué de presse pour présenter notre projet aux médias. Finalement, au bout de 15 jours, nous avions fait le plein d'adhérentes !
- Avez-vous eu des retombées médiatiques ? Si oui, lesquelles ?
Nous aimons travailler avec les médias et avons eu de nombreuses retombées : des sujets sur L&Vin dans Marie-Claire, dans des supports régionaux et nationaux spécialisés, à la radio et aux télés régionales.
- Quelles sont les attentes de vos membres ?
J'ai été très surprise par le sérieux qu'elles y mettaient : elles ont de vraies attentes théoriques et pratiques et sont avides de nouvelles connaissances sur le vin. Elles prennent en général les choses très au sérieux, c'est pourquoi nous ne faisons intervenir que des pros du métier à qui nous demandons de développer une première partie théorique que nos membres suivent de façon très studieuse !
- Que vous apportent-elles ? Que leur apporte le réseau ?
Elles apportent au club toute sa convivialité : chaque séance est une fête pour toutes. En tant que créatrice du réseau, leur joie et leur enthousiasme est le plus beau cadeau qu'elles puissent me faire !
En outre, même si nous ne sommes absolument pas un réseau professionnel, de nombreuses relations se créent dans ce domaine, car nos membres sont en majorité des femmes actives qui profitent de ce moment de rencontre pour partager leurs compétences et leurs besoins professionnels.
- Que peut-on trouver dans votre réseau qu'il n'y a pas ailleurs ?
Notre réseau est un réseau 100% féminin même si nous sommes mixtes une soirée par an ! De plus chez L&Vin nous prenons notre passion au sérieux, en plus d'être en contact avec de grandes professionnelles du vin, nous proposons à nos membres une newsletter et un compte-rendu de chaque séance, avec tous les vins dont il a été question durant la présentation, leurs prix, les endroits où l'on peut les découvrir… Nous mettons aussi en place un site internet qui reprendra toutes ces informations, et plus encore !
- Quelle relation entretenez-vous avec vos membres ?
Nous nous entendons toutes bien ce qui est indispensable pour que l'ambiance du club reste harmonieuse, mais les liens se tissent avant tout selon les affinités : la tranche d'âge de nos membres est très étendue, elle va de 26 à plus de 60 ans ! Nous ne nous voyons pas toutes en dehors du club mais certaines relations d'amitié se sont nouées au fil des rendez-vous…
Nous organisons d'ailleurs une fois par an une sortie pédagogique, toujours autour du vin, où nos membres peuvent venir accompagnées de leurs conjoints, qui se trouvent eux-mêmes beaucoup de points communs et se plaisent aussi à partager et à établir des contact tout en en apprenant plus sur un sujet qui les laisse rarement indifférents !
- Comment accueillez-vous les nouvelles arrivantes ?
Nous accueillons 10 nouvelles arrivantes par an qui se présentent au club, et nous donnons un badge à chacune pour qu'elles puissent s'identifier. Il est important qu'elles se présentent afin de “briser la glace“.
- Travaillez-vous en collaboration avec d'autres réseaux ? Si oui, lesquels ?
Lors de la création d'L&Vin, beaucoup d'associations de viticultrices nous ont félicitées et encouragées et nous avons donc créé un fichier de contacts conséquent dans les différents domaines qui nous intéressent.
- Comment voyez-vous l'évolution de votre réseau ?
Nous passerons de 55 à 57 membres l'an prochain, 57 pour les 57 appellations de bordeaux, chacune représentée par une femme qui en deviendra l'ambassadrice pendant un an. Chacune présentera son appellation lors d'une séance finale qui permettra à toutes d'en savoir plus sur les trésors du vin de bordeaux…
Nous avons aussi l'ambition d'étendre notre projet à la capitale, j'aimerais effectivement “exporter“ notre concept à Paris, mais ce n'est pas si facile car je ne dispose pas à Paris du même réseaux et des mêmes contacts qui m'ont permis de fonder notre club et de proposer des rencontres de qualités à nos membres. Par exemple, en ce moment je suis à la recherche d'un lieu de rencontre à Paris. Mon rêve : un lieu chaleureux, convivial, de préférence tenu par une femme ayant l'envie et la possibilité de nous accueillir pour nos rendez-vous et nos dîners toutes les 6 semaines, et qui aurait la gentillesse de nous offrir le droit de bouchon que nous n'avons pas la possibilité de payer.
Malheureusement ces critères ne sont pas faciles à rassembler alors je me permets de passer un appel aux femmes restauratrices parisiennes qui veulent encourager les initiatives au féminin !
- Quel conseil donneriez-vous aux lectrices qui hésitent encore à devenir membres d'un réseau ?
Je crois qu'il ne faut pas se poser trop de questions, il faut savoir mettre de côté ses peurs et ses appréhensions d'être face à des gens que l'on ne connaît pas, car ce sont les prises de risques qui rendent la vie passionnante ! C'est le premier pas qui compte, et une fois qu'il est fait, je peux vous assurer qu'il y a rarement de regrets ! D'autant que la raison d'être d'un réseau est la rencontre et le partage avec l'autre. Les membres d' L&Vin par exemple, ont déjà une démarche et une philosophie de vie basée sur la convivialité : l'arrivée de nouvelles membres est toujours l'occasion de réjouissance. Alors, si j'ai un conseil, c'est de ne surtout pas se laisser freiner par des peurs et des craintes qui se dissiperont probablement dès les premiers contacts avec le club ou le réseau !
- Et à celles qui souhaiteraient en créer un ?
Si le concept vaut le coup, il n'y a pas d'hésitations à avoir, il faut se lancer ! Mais il faut laisser mûrir le projet, ne pas foncer tête baissée et être bien entourée : se lancer seule dans cette aventure peut s'avérer plus difficile car il est important d'anticiper l'investissement que demande la gestion d'un club. Lorsque j'ai crée mon réseau, j'ai aimé partager, réfléchir et communiquer autour du concept avec les gens qui m'étaient proches et qui partageaient ma passion et mon engouement pour ce projet. Je ne sais pas si j'aurais réussi si j'avais été seule…
- Quelle est votre devise ?
Vivre chaque jour comme si c'était le dernier : le vivre intensément en évitant l' excès…