Pour Carine Bécard, le journalisme est une vocation : à l’âge où d’autres rêvent d’être médecins ou footballeuses, Carine se vouait déjà au journalisme… Mais pas celui que l’on apprend dans les écoles de journalisme. Pour elle, ce métier nécessite de la curiosité plus que des connaissances rhétoriques. Et sa curiosité l’a menée avec une maîtrise de Droit Public, un diplôme de l'Institut Français de Presse et un DESS de journalisme en poche... tout droit en Martinique !
En effet, c’est à Fort-de-France, auprès d’ Audrey Pulvar à ATV (Antilles TV), que Carine dit avoir tout appris du métier qu’elle exerce aujourd’hui avec passion, sur la matinale de France Bleu Champagne et avec l’émission “Femmes d’Influence“ sur France Info. Cette émission, Carine Bécard ne la présente pas par hasard, elle nous confie que le thème des femmes est un sujet qui lui tient particulièrement à coeur et qu’ elle continuera à développer tant qu’elle le pourra. Et quelle magnifique tribune pour les femmes qu’une émission leur étant entièrement consacrée sur la célèbre chaîne de radio !
Nous vous invitons donc à découvrir le parcours de cette journaliste qui donne la parole aux femmes qui osent :
- Quel est l'endroit où vous avez adoré travailler ? Pourquoi ?
J’ai tout appris à ATV, ça a été une réelle formation pour moi, mieux qu’une école où l’on apprend seulement à calibrer son papier ! Je suis aussi très heureuse de continuer à collaborer avec France Info où j’ai travaillé pendant plusieurs années et dont je suis très fière de faire partie !
Mais j'aime le changement, je déteste me sentir installée, j'aime sentir qu'un nouveau défi m'attend et j'ai avant tout besoin d'avoir peur, de ne pas savoir si je vais y arriver, et de finir par le découvrir…
- A posteriori, quel a été le moment le plus marquant de votre
carrière ?
J'espère que je ne l'ai pas encore vécu. Sinon quelle tristesse... Ce qui me plaît le plus dans ce métier, ce sont les rencontres et poser des questions à Martine Aubry, Elisabeth Badinter, ou d'illustres inconnues ! J'aime l'idée d'avoir la chance de poser des questions, alors j'en profite ! Chaque matin, et chaque dimanche.
- Comment êtes-vous arrivée sur France Info ?
Pour présenter les journaux. Ma présentation dans les locaux de Radio France avait plu, j'étais partante pour tenter l'aventure et France Info est un gros consommateur de présentateurs...
- Parlez-nous un peu de votre émission "Femmes d'Influences"...
Je l'ai reprise il y a trois ans. A l'époque, Marion Bernard travaillait sur des "Destins de femmes". Après deux ans, elle a eu envie de passer à autre chose… Mais je ne voulais pas que cette chronique s'arrête : les médias ne parlent pas assez des femmes, et quand ils le font, ils ne le font pas toujours en bien...
J'ai eu très vite envie de parler des femmes d'aujourd'hui et j'ai dû attendre l'arrivée de Patrick Roger à la direction de France Info pour que ce soit possible, mais depuis deux ans, je me régale!
- Quel est le profil des femmes que vous recevez ?
Je m'intéresse aux femmes qui ont toutes en commun d'avoir osé ! Qu'elles soient politiques, chefs d'entreprise, sportives, chercheuses, intellectuelles, malgré les réticences et les difficultés, elles y sont allées. Je veux montrer à toutes celles qui nous écoutent que tout est possible. Que tout est à leur portée. Que d'autres l'ont fait avant elles, qu'elles en ont donc le droit, elles aussi.
- Quelles personnalités vous ont le plus marquée ?
Les rencontres avec Elisabeth Badinter et Julia Kristeva m'ont beaucoup apporté. J'ai beaucoup d'admiration et d'affection pour Claudie Haigneré et Claire Gibault. Mais j'aime tout autant ces illustres inconnues qui ont du tempérament : Caroline Bernard par exemple, la seule femme aujourd'hui à diriger une centrale nucléaire !
- Quelles difficultés avez-vous rencontré ?
Aucune je crois. Je veille simplement à trouver de fortes personnalités pour attirer toujours plus d'auditeurs. Je veux absolument garder cette chronique que j'adore!
- Qu'est-ce qui vous passionne le plus dans votre activité ?
Les rencontres, les chocs, les complicités inattendues… Et surtout en savoir toujours plus.
- Qu'est-ce qui est le plus contraignant ? Comment le gérez-vous ?
Se lever très tôt n'est pas toujours facile, j'essaie d'avoir une vie incroyablement saine, et je vous assure que c'est très dur.
- Vous investissez-vous dans d'autres projets ?
Oui! Je viens de proposer un projet de crèche à Radio France. Je ne suis mère de personne (!) mais je ne comprends pas qu'une maison comme Radio France qui reste ouverte 24h/24, 7j/7 n'ait pas une crèche pour toutes ces familles dévouées à cette belle maison... Nicolas Guedj (ancien ministre aux victimes sous Raffarin) me soutient dans ce projet.
- A quoi ressemblent vos journées ?
Je me lève à 3h et je prépare mon émission jusqu'à 6h du matin, la matinale de France Bleu Champagne débute à 6h et prend fin à 9h, de 10h à 12h, je prépare ma chronique pour France Info et je prends enfin quelques heures pour manger et dormir. Mais ma journée n'est pas finie pour autant car j'écris et je lis au moins 2h par jour.
- Comment réussissez vous à concilier vie privée et vie professionnelle ?
L'envie, le plaisir, la passion vous font franchir des montagnes. Celui qui partage ma vie doit être très conciliant, il l'est et il m'arrive d'en être émue aux larmes… Et puis, mes amis sont aussi fous que moi, ou très posés quand j'ai besoin de me calmer, et ça, c'est une chance...
- Quels sont, selon vous, les freins qui empêchent les femmes d'accéder aux postes à responsabilités ?
Le regard que la société porte encore sur elles. Et l'autocensure qu'elles continuent à s'imposer.
- Vous-même vous êtes-vous parfois sentie freinée dans vos ambitions en tant que femme ?
Non, jamais en tant que femme, mais si ce devait être le cas, j'aurais des mots féroces pour qu'ils soient entendus. Maintenant, ne minimisons pas la situation : les femmes à l'antenne à Radio France restent très minoritaires aux postes à responsabilités…
- Comment avez-vous surmonté ces difficultés et comment, d'après vous, les femmes en général, peuvent-elles surmonter ce type de situations ?
En s'estimant les égales des hommes d'abord. Il faut le marteler : non, ce n'est pas normal que la plupart des chefs de services et autres rédacteurs en chef soient essentiellement des hommes!! Il convient aussi de rester vigilantes: il ne faut pas laisser passer des propos machistes, ils sont encore trop nombreux, il ne faut rien laisser glisser !
- Appartenez-vous à des réseaux/associations féminins ?
Je n'appartiens à aucun réseau pour le moment mais je suis très attentive aux blogs des femmes.
- Qu'en retirez-vous ?
Ils sont une source d'inspiration et de réflexion car c'est dur d'être vigilante en permanence et à plusieurs, on est plus efficaces !
- Quelle est la femme célèbre (ou pas) que vous admirez ?
Je ne suis pas sûre d'aimer les icônes, elles signifient exceptions! Elles sont le meilleur alibi des hommes qui peuvent estimer du coup qu'il y a des femmes partout.
- Quelle est votre devise ?
Ne jamais s'interdire quoique ce soit parce qu'on est une femme!
- Quels conseils pourriez-vous donner aux lectrices d' Interdit-aux-Hommes ?
Oser! Tout... Et faire fi du sentiment de culpabilité, une spécialité féminine! Si votre enfant ne réussit pas scolairement, ce n'est certainement pas - en tout cas, pas seulement - parce que vous rentrez trop tard du travail et personne ne vous demande (en tout cas n'a à vous demander) d'être parfaite...
Enfin n'oubliez pas non plus, qu'on npas
non plus, qu'on n'en demande jamais assez à un homme dans la sphère
privée!
Pour en savoir plus
écoutez Carine Bécard chaque dimanche sur
France Info à 14h49, 20h49 et 22h42.