Nicole Arditti est une des rares femmes qui travaillent dans la finance autour des fusions-acquisitions. Cette mère de famille a toujours évolué dans des milieux d’hommes et cela lui a plutôt pas mal réussi ! Elle nous montre aujourd’hui qu’il est possible de réussir dans des milieux très “masculins“ dès lors que l’on reste femme et que l’on a confiance en soi. Avec de l’enthousiasme et un bon sens de l’organisation et, la réussite professionnelle est aussi à la portée des femmes.
Quel métier rêviez-vous de faire enfant?
Comme de nombreuses petites filles il me semble, je voulais être maîtresse d’école, je souhaitais déjà partager et transmettre aux plus jeunes… Puis j’ai voulu être médecin et enfin plus grande j’ai voulu créer une chaîne de restaurants français à l’étranger, des métiers bien différents de celui que je fais aujourd’hui…
Quel métier exercez-vous aujourd’hui?
Je travaille dans une grande banque d’affaires réputée pour ses activités de conseil financier aux gouvernements, entreprises ou institutions financières, au niveau international. Je suis gérant dans le groupe de conseil international, et notamment spécialisée sur les pays émergents.
Quel est votre parcours?
Après une année de Maths Sup’ peu concluante puis une année de prépaHEC à Henri IV, je suis entrée à HEC, où j’ai fait partie de la première promotion féminine. Nous étions 27 jeunes femmes sur une promotion de 230 étudiants…et un campus de 700 garçons ! une proportion qui s’est équilibrée depuis…
En dernière année, j’ai choisi le Programme International de Management, avec une année d’échange à la New York University et la London Business School. Après un stage prolongé chez Thomson Travel, et avoir failli accepter une offre d’emploi de marketing et développement pour un grand groupe d’hôtellerie- restauration, je suis entrée à la Bank of America. J’ y suis restée 9 ans. J’y ai gravi tous les échelons, de stagiaire à Vice Président et Senior Banker, responsable du développement des relations avec les grands groupes français.
En 1985, alors que je me préparais à partir à Londres au sein de la Banque d’Affaires de la BOA, il m’a été proposé de rejoindre la Banque Lazard au moment de la crise qui frappait l’Amérique Latine et l’ensemble des pays en voie de développement, qu’on appelle maintenant les pays émergents. J’ai ainsi participé à la création d’un marché secondaire de créances sur les pays émergents, et structuré de nombreuses opérations d’ingénierie financière sur ces dettes décotées pour les banques créancières, les pays débiteurs, les investisseurs internationaux.
Aujourd’hui, j’exerce des activités de conseil au sein du département Conseil International, centrée autour des pays émergents, pour les gouvernements ou les entreprises : conseil sur la gestion de la dette et le financement, les privatisations, recherche d’investisseurs etc..
Quel fut votre premier emploi et qu’en avez-vous retiré?
Mon premier employeur fut la Bank of America, il y régnait un formidable dynamisme et un grand esprit d’équipe. Cette première expérience m’a énormément appris sur le métier de la banque et la rigueur des analyses de crédit, mais aussi sur l’aspect commercial que j’adore, et la créativité au service de produits financiers innovants.
À posteriori, quel a été le moment le plus marquant de votre
carrière ?
Mes premières années à la banque Lazard, le démarrage quasiment à zéro d’une nouvelle activité en association avec Lazard Londres, qui m’a permis de faire preuve de sens commercial et de créativité, avec de nouveaux montages innovants, dans un contexte international très varié .
Il est très rare de trouver des femmes dans la finance, particulièrement dans le domaine des fusions-acquisitions, comment gérez-vous cette particularité ?
En fait il y a des femmes qui réussissent très bien dans la finance. Je pense que c’est un métier où les qualités féminines de rigueur, de contact commercial avec les clients, d’intuition et d’ouverture sont très utiles. Le vrai problème dans la banque d’affaires pour les femmes qui ont des enfants, c’est la disponibilité, les horaires de travail, et la capacité à travailler dans l’urgence. Il faut donc être très motivée et aimer vraiment son métier.
En quoi le fait d’être une femme vous a-t-il rendu la tâche plus difficile ?
Dans le monde de la banque d’affaires, les règles du jeu restent encore assez masculines...
En quoi cela a-t-il pu être un élément facilitateur ?
On est parfois plus remarquée : les gens se souviennent de vous, même s’ils vous ont rencontrée il y a plus de 20 ans… Cela peut parfois représenter un avantage.
Comment avez-vous surmonté ces difficultés, et comment, d’après vous, les femmes en général peuvent gérer ce type de situations ?
Je crois qu’il faut garder sa féminité, sa sensibilité, mais aussi comprendre son univers professionnel et s’efforcer de s’adapter aux règles du jeu. Les femmes sont en général très professionnelles, mais elles doivent savoir s’affirmer plus à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise. Je crois d’ailleurs que j’ai encore quelques progrès à faire dans ce domaine… !
Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre activité ?
L’aspect international, j’adore le contact et l’ouverture à d’autres cultures.
Qu’est-ce qui est le plus contraignant ? Comment le gérez-vous ?
Le temps parfois, n’ayant pas le don d’ubiquité, il faut gérer les priorités et les urgences, ce qui implique parfois de sacrifier des vacances, un week-end ou des soirées parce qu’il y a une offre à remettre dans l’urgence, un voyage imprévu, une présentation à boucler …. Heureusement mon époux est relativement plus disponible, il a pu assurer quand j’étais en déplacement, et avec une nounou de confiance et dévouée, cela peut être gérable à condition de savoir s’organiser.
Vous investissez-vous dans d’autres projets ?
Oui, je participe au bureau du Groupement Banque Finance de l’Association HEC. On m’a tout récemment proposé de devenir Vice –Présidente du Groupement et j’espère pouvoir continuer à contribuer à l’ouverture du réseau vers les femmes.
J’essaye aussi dans la mesure du possible d’aider des créateurs d’entreprises et des entrepreneurs.
À quoi ressemblent vos journées ?
Je jette toujours un rapide coup d’œil à mes e-mails au réveil, je gère les éventuelles urgences, puis une bonne douche chaude pendant laquelle je planifie dans ma tête ma journée, j’embrasse mon fils avant qu’il parte à l’école et je file au bureau. Si je peux, j’essaye de rentrer à temps pour embrasser et parler un peu avec mon fils avant qu’il se couche, sinon je l’appelle pour qu’il me parle de sa journée…
Comment réussissez vous à concilier vie privée et vie professionnelle ?
De mon point de vue pas si mal finalement…, même si bien sûr, j’aimerais avoir plus de temps à consacrer à ma famille et à mes hobbies
Quels sont, selon vous, les freins qui empêchent les femmes d’accéder aux postes à responsabilités ?
Parfois elles-mêmes…. Le manque de visibilité et de temps pour œuvrer dans des réseaux, et le manque de confiance en soi et en ses capacités sont autant de freins que les femmes se mettent souvent à elles-mêmes.
Appartenez-vous à des réseaux/associations féminins ?
J’avais participé à la création d’un petit groupe de réflexion entre femmes au sein de ce groupement et j’en ai retiré beaucoup de plaisir et de satisfaction. Nous avons essayé de répondre aux préoccupations des femmes HEC dans la finance, avec des manifestations plus conviviales, à des horaires plus adaptés et sur des sujets les intéressant particulièrement, comme la gestion de carrière par exemple. Cela a généré beaucoup d’intérêt.
Je fait partie d’HEC au Féminin, de Femmes Business Angels et d’EPWN. Mais j’aimerais pouvoir y consacrer plus de temps…
Qu’en retirez-vous ?
Des relations très chaleureuses et conviviales, un vrai échange. Mais je crois que les réseaux doivent avant tout être une étape vers le fait de faire évoluer les réseaux trop masculins pour créer des réseaux plus ouverts..
Quelle serait votre première mesure si vous étiez présidente ?
M’entourer de quelques ministres chefs d’entreprise et autres hommes et femmes de la société civile.
Quelle est la femme célèbre (ou pas) que vous admirez ?
Marie Curie.
Celle qui vous tape sur les nerfs ?
Certaines femmes politiques.
Quelle est votre devise ?
“Apprendre à oser“, apprise à HEC…