Ce n'est pas parce qu'on est un "quota" qu'on est idiote, Clarisse Reille, 25 jan 2010.Le Monde

Paru dans Revue de presse, web et TV Mars 2010

Dans un chat sur LeMonde.fr, Clarisse Reille, présidente de Grandes Ecoles au Féminin, propose que les quotas soient élargis à tous les grands corps de l'Etat, dans toutes les structures publiques et parapubliques, ainsi que dans les entités où des commissaires du gouvernement sont présents.

Pensez-vous qu'une politique de quotas serve vraiment aux femmes et à leur crédibilité ?

Clarisse Reille : Oui, car la situation n'a pas évolué au cours des dernières années. Les résistances culturelles, notamment, sont fortes, et les femmes aujourd'hui subissent des quotas implicites dans les entreprises et les administrations.

Pourquoi des quotas ici et pas ailleurs ?

Grandes écoles au féminin (GEF) propose que les quotas soient élargis y compris dans le monde public, notamment dans tous les grands corps de l'Etat, dans toutes les structures publiques et parapubliques, ainsi que dans les entités où des commissaires du gouvernement sont présents. Il n'y a effectivement pas de raison de distinguer entre le privé et le public.

Les pays où la part des femmes dans les conseils d'administration est la plus élevée ont-ils été obligés par l'imposition de quota ?

Il y a différentes situations. En Norvège, la présence des femmes dans les conseils d'administration est passée par une loi. Aux Etats-Unis, la présence des femmes est plus importante parce que naturellement ce pays travaille sérieusement sur ce sujet depuis plus longtemps. Les quotas sont aujourd'hui importants à mettre en place, car les évolutions sont trop lentes. Notre dernière étude GEF avec Ipsos (PDF) montre que 50 % des personnes pensent que, sans aucune mesure volontariste, les choses évolueront dans vingt ans, et 25 %, en plus des 50 %, pensent qu'aucune évolution ne se passera avant cinquante ans.

Avez-vous fait une différence dans ce résultat de 50 % entre les réponses de femmes et les réponses d'hommes ?

Nous avons mené une enquête auprès de 5 500 diplômés de grandes écoles, aussi bien hommes que femmes. Le chiffre de 50 % recouvre pratiquement le même taux pour les hommes et pour les femmes : 51 % pour les hommes, 53 % pour les femmes. Le taux global de 25 % recouvre un 21 % pour les hommes et un 29 % pour les femmes.

Quelles solutions proposeriez-vous pour lutter contre la très résistante discrimination sexiste résumée dans l'appellation "plafond de verre" dans les entreprises ?

Il n'y a pas de solution unique, il n'y a pas de baguette magique. Seule une batterie de solutions peut permettre de briser ce plafond de verre. Dans notre dernière étude, nous mettons en évidence qu'il faut au minimum une dizaine de mesures sur trois axes principaux pour réellement faire évoluer les situations. Il y a en effet rarement de discrimination explicite, mais une culture dominante qui, du fait de l'histoire, est principalement masculine. Les trois axes importants que nous préconisons sont, d'une part, une promotion active des femmes avec un vivier régulièrement suivi, des plans de succession qui intègrent systématiquement les femmes ; d'autre part, le changement des règles du jeu. Ce point est essentiel. En effet, un examen fin des situations montre que les évaluations en entreprise ou dans les administrations favorisent les qualités masculines. Dans le même ordre d'idées, il faut revoir la vision linéaire de la carrière, la gestion des mobilités des doubles carrières. Enfin, troisième axe, il est important que les entreprises quantifient le sujet et fixent des objectifs quantitatifs, notamment en lien avec les bonus.

Retrouvez la suite du Chat avec Clarisse Reille, sur LeMonde.fr

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